Chapitre 8 : L'attaque

Publié le par KaiM

 

Hustouk et Vladek se relayèrent pour monter la garde. Vers minuit, alors que le capitaine surveillait le campement, Alexandre vint s’asseoir à côté de lui.

-         Vous n’arrivez pas à dormir, Altesse ?

-         Je voulais vous parler seul à seul, répondit le Prince. Vous êtes toujours aux côtés de Tarlaq, l’occasion est trop belle.

-         Je suppose que je dois commencer à me méfier... De quoi vouliez-vous parler ?

-         Je voudrais discuter avec vous de ce qui s’est passé à Hözel, au début de l’hiver. J’ai bien cru que vous alliez nous trahir, à ce moment-là.

-         Je vous en prie ! s’offusqua Vladek. Je croyais que cette histoire était réglée ! Lorsque j’ai été contacté par une organisation inconnue pour servir d’espion, j’ai accepté afin de pouvoir rencontrer notre ennemi !

-         C’est ce que vous avez expliqué à l’époque. Mais, vous avez pris vous-même l’initiative de jouer un triple jeu ? Sans en parler à personne ?

-         Je ne savais pas à qui me fier. Il y avait peut-être d’autres espions. Mon plan aurait pu être découvert si j’en avais avisé le roi.

-         Et Tarlaq ? Vous ne lui avez rien dit non plus.

-         C’est vrai, admit le capitaine. Vous le connaissez. Il aurait tout gâché en voulant intervenir trop tôt, ou en choisissant de vous protéger en priorité.

-         En d’autres termes, vous nous avez tous mis en danger pour pouvoir confondre l’ennemi ? Sans savoir comment vous y prendre une fois la bataille engagée ?

-         J’ai dû improviser, c’est vrai. Nous n’avons remporté la victoire que parce que j’ai pu libérer Tektus de l’emprise de notre adversaire. Un plan que j’ai conçu dans l’urgence.

-         Si vous aviez été un véritable traître, vous auriez agi de la même manière en voyant que la bataille tournait à notre avantage...

-         Altesse, voudriez-vous insinuer que j’avais l’intention de vous abandonner ?! Pensez-vous réellement que j’aurais trahi Tarlaq, mon meilleur ami ?! Dois-je vous rappeler que c’est moi qui ai le plus perdu dans cette histoire ?!

En prononçant ces paroles, le capitaine exhiba les griffes de métal qu’il portait désormais à la place de sa main gauche. Alexandre sentait que le soldat était sincère, et s’en voulut aussitôt de l’avoir soupçonné.

-         Excusez-moi, dit-il à voix basse. J’ai trop réfléchi.

Vladek se radoucit.

-         Ne vous en faites pas. C’est le devoir d’un roi que de se méfier ainsi. Alors entraînez-vous. Mais je ne suis pas un courtisan. Je suis un soldat. Vous pouvez compter sur moi.

Ils demeurèrent un instant silencieux, contemplant la nuit.

-         Comment avez-vous rencontré Tarlaq ? demanda finalement le Prince.

-         C’est une longue histoire. Je viens de la campagne. J’aurais dû passer ma vie à travailler la terre, si je n’avais pas eu des dons pour le combat. A quinze ans, j’ai eu une violente dispute avec le fils de notre seigneur...

-         A quel sujet ?

-         Une bagatelle, répondit Vladek, gêné. Je ne m’en souviens même plus. Ce qui compte, c’est que nous nous sommes battus.

-         A l’épée ?

-         Lui avait une épée. Moi, un simple bâton. C’est moi qui ai gagné.

-         Et c’était Tarlaq votre adversaire ?

-         Exact. Et j’ai gagné son respect. Il aurait pu revenir avec des gardes, mais au lieu de cela il a convaincu son père de me prendre comme écuyer. Par la suite je suis devenu un membre de sa garde. A la mort de son père, Tarlaq a fait de moi son second. Notre amitié a fini de se forger dans des combats ardus, des fuites désespérées et des beuveries interminables...

-         Je vois...

C’était une histoire banale, mais Alexandre venait de comprendre quelque chose d’important : ce qui unissait des hommes comme Tarlaq et Vladek. C’étaient des frères d’armes. Plus que tout, c’étaient les épreuves qui rapprochaient les gens. Il ne faudrait pas l’oublier.

Le Prince était sur le point d’aller se recoucher, lorsque six hommes surgirent de l’ombre et s’approchèrent du campement. Vladek se leva aussitôt. Même s’ils avaient de mauvaises intentions, ces hommes étaient trop loin pour pouvoir les attaquer. Sûrement quelques rôdeurs. Pas de quoi s’inquiéter. Le capitaine tira son épée. Alexandre attrapa les sangles des fourreaux de ses glaives et les tira jusqu’à lui. Cela suffisait généralement à intimider ce genre de personnages. L’un des hommes s’avança. Ce devait être le chef.

-         Nobles seigneurs, inutile de vous affoler ! s’exclama-t-il. Tout se passera bien. Nous n’en voulons qu’à vos bourses.

Bon. Des brigands. Vladek se mit en garde. Alexandre voulut réveiller Hustouk et Artus.

-         Non, non, pas de ça ! ordonna le chef en faisant un signe de la main.

Aussitôt, deux de ses hommes brandirent des arbalètes et les braquèrent sur les deux voyageurs. Le Prince détailla ses ennemis. Ils ne semblaient guère redoutables. Ils étaient armés de couteaux et de bâtons. Seuls les deux tireurs étaient une menace. Le jeune garçon porta les mains à sa ceinture.

-         Je ne veux pas d’ennuis ! annonça-t-il. Voilà votre or !

Et il lança deux de ses poignards sur les arbalétriers. Les lames s’enfoncèrent dans leurs bras, et ils lâchèrent leurs armes en geignant de douleur.

-         Partageons donc, capitaine ! s’écria Alexandre. Mais évitez de les tuer, si possible ! Ils n’ont besoin que d’une bonne leçon !

Vladek n’attendait que cet ordre. Il se précipita sur les brigands. Le chef brandit son couteau, mais il n’eut pas le temps de frapper : la botte du capitaine s’enfonçait déjà dans son estomac. Les autres rôdeurs tentèrent de se défendre, mais c’était bien inutile. Vladek abattit la poignée de son épée sur la tête du plus proche, puis enfonça ses griffes dans la cuisse de son voisin, qui s’effondra avec un hurlement. Alexandre se jeta alors dans le combat. D’un coup de pied, il rejeta à terre l’un des arbalétriers, puis se faufila derrière un autre brigand et lui lança une violente manchette à la nuque.

Les bandits voulurent s’enfuir, mais leur chef les exhorta à reprendre la lutte :

-         Allez, les gars ! Ils ne sont que deux ! Eclatez-les !

Son compte n’était malheureusement plus exact. Hustouk s’était réveillé, et il se jeta dans la bataille. Il esquiva un coup de bâton, empoigna l’arme de son adversaire et le frappa au menton. L’Ork neutralisa ensuite le chef de la bande d’un coup de pied à l’entrejambe. Pas très élégant, mais efficace. Profitant de cette diversion, Vladek bouscula les maraudeurs d’un coup d’épaule et fit tournoyer son épée, causant quelques blessures légères mais douloureuses.

Les deux soldats, occupés à infliger à ces bandits une correction suffisante pour les remettre sur le droit chemin, ne remarquèrent pas l’arrivée d’un septième homme. Celui-ci s’avançait calmement vers Alexandre. Il était vêtu d’un manteau noir, et une capuche lui couvrait la tête. Le Prince dégaina ses glaives, pressentant que le nouveau venu serait autrement plus difficile à vaincre.

-         Qui es-tu ? demanda le jeune garçon.

-         Je me nomme Jakarn.

-         Tu n’es pas avec ces brigands, n’est-ce pas ?

-         Non. Ils ne sont là que pour occuper vos hommes. Et je ne suis ici que pour vous tuer, Votre... Altesse.

-         Et pour quelle raison ? s’étonna Alexandre

-         Je suis un mercenaire. On me paye et je me bats sans poser de questions. C’est simple, clair, et net.

Jakarn dégaina un sabre et s’avança lentement vers le Prince, qui se plaça en position de combat. Les deux adversaires s’observèrent silencieusement.

L’assaut fut rapide. Alexandre et le mercenaire s’élancèrent au même instant. Jakarn abattit son sabre à une vitesse surhumaine. Le Prince croisa ses lames et bloqua celle de son ennemi, puis dégagea l’un de ses glaives et frappa. L’assassin évita l’attaque en réalisant une roue arrière, puis bondit à nouveau sur sa proie. Alexandre intercepta le sabre de Jakarn, mais le mercenaire lui décocha un coup de pied qui l’atteignit à la gorge. Le jeune garçon tomba au sol en suffoquant.

-         Décevant, dit Jakarn en s’approchant de sa victime, l’arme haute. Très décevant...

Vladek et Hustouk, qui jusque-là s’amusaient, repérèrent soudain le tueur. Ils décidèrent d’en finir avec les bandits. L’Ork para une attaque au couteau, puis lança son bâton au capitaine. Celui-ci attrapa l’arme au vol et assomma les brigands qui l’encerclaient par quelques coups bien ajustés. Hustouk souleva son adversaire et le projeta sur ses comparses. En une poignée de sondes, ils avaient mis les six hommes hors d’état de nuire.

Les deux guerriers empoignèrent alors leurs épées et se précipitèrent sur Jakarn. Le mercenaire comprit qu’il n’avait pas le temps d’achever sa victime. Il contra les premiers coups portés par ses adversaires, puis se recula prestement, évaluant ses chances.

S’il avait un plan, on ne le sut jamais. Jakarn fut soudain propulsé plusieurs mètres en arrière et retomba lourdement. Alexandre et ses compagnons se retournèrent pour apercevoir Artus, qui regardait le mercenaire, le bras tendu. Le magicien fit un léger geste de la main et Jakarn fut soulevé de terre, puis chuta à nouveau.

-         C’est bon ! s’écria le Prince. Je m’en occupe !

Le jeune garçon courut vers l’assassin. Il s’était laissé surprendre par sa vitesse, mais cela n’arriverait plus. Cet homme n’était pas invincible, loin de là. Il était temps d’en finir.

Les glaives d’Alexandre décrivirent deux courbes meurtrières. Jakarn dut juger qu’il valait mieux s’enfuir. Son manteau réalisa un tour complet avant de retomber, vide. Le Prince, stupéfait, scruta les alentours, puis rejoignit son escorte.

-         Vous avez mis du temps à intervenir, signala-t-il à Artus.

-         J’ai le sommeil profond, répliqua le magicien. Vous auriez dû venir me secouer. Qui était-ce ?

-         Un mercenaire. Il était là pour moi.

-         Je savais bien que ce n’était pas prudent pour vous de quitter Dümrist, grommela Vladek. Voilà déjà quelqu’un qui veut votre mort ! Qui l’a envoyé ?

-         Je n’en sais rien, avoua Alexandre. Je n’ai pas réussi à le faire parler assez.

-         On pourrait réveiller un de ces brigands, proposa Hustouk. Ils pourraient savoir quelque chose.

-         Le plus simple est d’essayer, conclut Artus.

Il empoigna le chef des bandits par le cou et lui administra quelques grandes claques. Le voleur ne tarda pas à reprendre conscience.

-         Arrêtez ! Ca va ! Qu’est-ce que voulez ?

-         Que vous détroussiez les honnêtes gens, passe encore, siffla le mage. Après tout, c’est votre gagne-pain. Mais que vous agissiez ainsi pour laisser s’approcher un assassin, ça ne va pas du tout !

-         Mais de quoi est-ce que vous parlez ? grogna le brigand.

Artus dégaina un poignard et en posa la pointe sur la gorge du bandit, qui hoqueta.

-         Un homme en manteau noir, entièrement masqué. Tu as bien dû le rencontrer. Tu nous attaques, il nous attaque. Etrange coïncidence, non ?

-         Je ne sais rien ! articula le voleur en tremblant. Il nous a payé  pour vous détrousser, c’est tout ! Il n’a rien dit d’autre !

-         Qu’est-ce qu’il voulait ?

-         Je ne sais pas ! Il a dit qu’il se servirait dans notre butin ! Je savais que c’était un plan pourri !

-         Tu mens, dit le magicien. Je le sens au son de ta voix. Que voulait-il ?

-         Je ne peux rien vous dire ! Il me tuerait !

-         Pour te tuer, il devra d’abord te retrouver. Moi, je n’ai qu’à frapper !

Pour appuyer son propos, Artus enfonça un peu sa lame dans la peau du bandit. Une goutte de sang perla. Le brigand agitait les yeux en tous sens, cherchant de l’aide. Il ne semblait plus capable de parler. Alexandre et ses deux compagnons restaient impassibles.

-         Vladek ! appela le mage. Réveillez-en un autre !

Le capitaine releva un voleur qui reprenait conscience.

-         Bien, dit Artus en se tournant vers lui. Tu vois, ton chef ne veut pas me révéler ce que voulait votre employeur. Et je n’ai pas de temps à perdre. Alors regarde bien...

Sans se troubler, le magicien transperça la gorge du brigand. La malheureuse victime se convulsa en laissant échapper un flot de sang, puis cessa de bouger.

-         Vous êtes fou ! s’écria Alexandre. Ce n’est pas comme cela que l’on interroge un suspect ! Ce mercenaire voulait simplement une diversion !

-         Nous n’avons pas le temps de faire dans la finesse, Altesse. Et je suis sûr qu’il y a autre chose.

Artus s’approcha du feu et ramassa une branche enflammée, puis s’approcha de l’homme que tenait Vladek, et qui tremblait comme une feuille.

-         Tu as vu que je ne plaisantais pas, dit-il d’un ton grinçant. Ton chef a eu une mort douce. Toi, si tu ne parle pas, je te brûle le visage !

Et il agita son tison devant les yeux du bandit. Le Prince voulut intervenir, mais Hustouk le retint.

-         C’est cruel, Altesse, mais il n’y a pas d’autre solution.

Cependant, Alexandre voyait bien que l’Ork était troublé. Le mage allait trop loin. Heureusement, le brigand céda.

-         Pitié, Monseigneur ! lâcha-t-il en pleurant presque. Cet homme en noir nous a simplement dit de ne pas abîmer le contenu du sac du garçon ! C’est tout ce qu’il voulait ! Je vous en prie, ne me tuez pas !

Sur ce, le voleur s’évanouit. Artus se tourna vers le Prince.

-         Qu’y a-t-il dans votre sac ?

-         Rien de particulier, répondit Alexandre sans se démonter. Je propose qu’on oublie tout ça. Nous avons besoin de sommeil.

-         Il serait peut-être plus sage de rentrer à Dümrist demain, proposa Vladek.

-         Hors de question ! répondit le Prince. Nous avons une mission, nous l’accomplirons ! Je ne vais pas me laisser impressionner par un tueur de bas étage !

Seubal Artus regarda le jeune garçon d’un air soupçonneux pendant quelques instants, puis se détendit. Il eut un geste négligent en direction des bandits, qui s’éloignèrent en glissant sur le sol. Puis il retourna se coucher.

Vladek reprit son poste de garde. Alexandre, avant d’aller dormir, plongea son regard dans les ténèbres, qui semblaient le narguer. Ainsi, quelqu’un avait eu vent de ses projets. Une nouvelle menace se profilait.

- Nous nous reverrons, Jakarn le mercenaire, murmura-t-il. Oui, nous nous reverrons.

Publié dans histoiresdefarlo

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666pagot666 29/03/2009 18:39

Hey pourquoi tu t'es arreté ? c'était génial pourtant !

Augustin 09/11/2007 10:59

J'aime vraiment ce que tu écris.Ce site peu t'intéresser : thebookedition.comJ'y publie un essai sur la musique : Les madeleines mélodiques - Augustin LapointeTu pourrais en faire autant, je pense.