Chapitre 7 : Départ

Publié le par KaiM

 

 

 

Le Soleil se leva sur Dümrist à l’opposé de l’endroit où il s’était couché, preuve que le monde n’avait pas encore basculé dans l’absurdité. Dans la cour du Palais, Vladek et Hustouk se préparaient à partir. Le Prince arriva, attachant solidement dans son dos les fourreaux de ses glaives. Vladek plaça un sac de vivres dans les fontes de son cheval. Hustouk, prêt depuis longtemps, observait la ciel. C’était un Ork robuste, un peu plus grand qu’un homme, à la peau verte et aux yeux rouges, qui servait depuis longtemps le baron Tarlaq. Bien que souvent méprisé par les soldats de l’armée royale, il était la preuve vivante qu’un Ork peut s’adapter à la vie des hommes. Il portait pour ce voyage une armure grossière en cuir et en métal et un large bouclier de bois accroché dans le dos. Sa ceinture supportait une étrange épée aux deux tranchants très différents ainsi que tout un assortiment d’instruments dangereux et aiguisés : couteau, petite hache, serpe. Une arbalète et un carquois pendaient à sa selle.

-         Il va pleuvoir à verse dans quelques jours, déclara-t-il.

-         J’admire ton don pour ce genre de prévision, répliqua Vladek. Quel est ton secret ? Les rhumatismes ?

Pour toute réponse, il obtint un grognement agacé.

-         Ah... Et, au fait, je ne t’ai pas demandé... Ton duel ? Ca c’est passé comment ?

-         Il vivra, fit l’Ork.

Tarlaq, qui était venu faire ses adieux à ses compagnons, interrompit la conversation.

-         Soyez rapides. Les Elfes atteindront Kridath dans quelques jours.

-         Il ne nous faudra qu’un jour ou deux pour atteindre la ville, répondit Alexandre. Et quelques heures pour récupérer les cendres de Saint Gapor. Nous serons largement dans les temps.

-         J’ai un autre message à vous transmettre, ajouta Tarlaq. Le général Thul’lod est très attaché à la réussite de cette mission. Il envoie un de ses gardes pour vous accompagner.

Sur ces mots, un homme d’environ vingt-cinq ans, au visage anguleux et aux longs cheveux blonds, vêtu d’un manteau rouge sombre, s’avança vers eux sur un cheval blanc.

-         Je me nomme Seubal Artus, dit-il. Je suis un mage rattaché à la garde du général Thul’lod, qui est très désireux de vous voir réussir. Je vous accompagnerai.

-         Oui, je viens de le dire, signala le baron.

-         Où avez-vous été formé ? demanda le Prince

-         Ici même, à l’académie de Dümrist.

Alexandre était contrarié. Il aurait dû se douter qu’il y avait des inconvénients à être soutenu par un homme comme Pyers Thul’lod. Bon, il était trop tard pour reculer, maintenant. Ce n’était peut-être pas une mauvaise chose, en fait. Peut-être ce magicien se révélerait-il un atout.

-         Très bien ! s’exclama le Prince. Venez, mais ne nous retardez pas ! Allons-y !

Les gardes ouvrirent les portes du Palais et les quatre cavaliers s’élancèrent. Ils traversèrent la ville en quelques minutes, puis prirent la route du Nord-Est. La route de Kridath.

Nullement gêné par le Soleil, Dario, sur le toit du Palais, regardait son élève s’éloigner. Maintenant qu’il était trop tard pour empêcher le Prince de partir, le maître Chanteur avait un mauvais pressentiment. Il allait regagner ses appartements, lorsqu’il remarqua une silhouette noire dressée au sommet d’une des tours de la forteresse. Dario reconnut rapidement Tanaril de Ganor, le commandant des mages de combat. Lui aussi observait Alexandre et son escorte. « Apparemment, je ne suis pas le seul inquiet, ici » se dit le maître Chanteur.

Et il repartit vers l’intérieur du Palais.

 

 

 

 

Alexandre et ses compagnons chevauchèrent toute la journée vers Kridath. Autour d’eux, le même paysage s’étendait à perte de vue : des champs semés, parsemés de petits villages et de quelques forêts, le tout entrecoupé de nombreuses rivières. La Dümra était l’une des régions les plus fertiles de l’Aropa, le grenier à blé du continent. Le Prince remarqua rapidement qu’ils étaient les seuls à emprunter la route dans ce sens. Les convois de réfugiés se succédaient, ralliant la capitale. La plupart des gens regardaient Alexandre comme s’il s’agissait d’un fou. Qui aurait voulu aller à la rencontre d’Itraïr ?

Pour passer le temps, Alexandre discutait avec Artus ; et il apprit ainsi de nombreuses choses au sujet du mage. Artus était né loin à l’Est de Dümrist. Ses dons pour la Magie avaient été découverts quand, au cours d’une bagarre, il avait mis à terre trois de ses amis sans même les toucher. Conformément à la coutume, il avait aussitôt été envoyé à l’Académie de Magie de Dümrist. Ses pouvoirs n’avaient rien d’exceptionnel, sauf dans un domaine : Artus était extrêmement doué lorsqu’il s’agissait de déplacer des objets à distance, même très lourds. Il parvenait même à voler. Grâce à ces compétences, il avait pu s’enrôler parmi les mages de combat et apprendre le maniement des armes.

Il avait rencontré le général Thul’lod cinq ans auparavant, lors d’une bataille qu’ils avaient livrée contre l’empire d’Ethiol. Le général avait compris que ses pouvoirs pouvaient être mieux employés, et l’avait engagé dans sa garde personnelle. Depuis, Artus n’avait pas beaucoup travaillé, car aucun agresseur ne parvenait jamais jusqu’à la garde du général Thul’lod. Aussi, il s’était porté volontaire pour cette mission, désireux de repartir à l’aventure.

A la tombée de la nuit, ils s’écartèrent un peu de la route pour camper. Alexandre voulut jauger les pouvoirs réels du mage, et le chargea de menues tâches. Artus n’eut qu’à tendre la main pour entasser quelques branches mortes et disposer un cercle de pierres autour. D’une simple incantation, il mit le feu au bois. C’était bien un magicien, mais ce genre de choses était à la portée de n’importe qui possédant quelques pouvoirs. Le Prince fit soulever à Artus des pierres de plus en plus grosses, puis les chevaux - qui ne semblèrent pas apprécier. Le mage n’eut aucune difficulté à accomplir ces exercices. Alexandre en conclut qu’il était réellement doué, ce qui pouvait lui servir. Mais cela signifiait aussi qu’il ne serait pas simple de se débarrasser de lui, le moment venu.

Publié dans histoiresdefarlo

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