Chapitre 2 : Ordre de mission

Publié le par KaiM

 

Lorsque Thenetos se réveilla des heures plus tard, il était dans sa chambre, allongé dans son lit sous d’épaisses couvertures. Il réalisa aussitôt qu’il était trop affaibli pour se lever. Un vieil homme en manteau vert et or se tenait à son chevet. C’était Ovarif, son premier serviteur.

-         Maître, murmura-t-il au mage dès qu’il le vit ouvrir les yeux. Enfin vous reprenez conscience ! Vous nous avez fait peur ! Comment vous sentez-vous ?

-         Faible, répondit Thenetos. Très faible.

-         Que vous est-il arrivé ? Quand vous avez crié, nous sommes accourus dans votre bureau et nous vous avons trouvé étendu par terre.

-         Ne t’occupe pas des problèmes de santé d’un vieillard, Ovarif. J’ai une lettre à écrire, mais je ne peux bouger la main. Va chercher de quoi noter, je vais te la dicter.

-         Ne voudriez-vous pas que je vous prépare d’abord une potion reconstituante ?

-         Chaque chose en son temps. Pour l’instant je dois en priorité envoyer ce message, alors ne discute pas.

-         Bien, mon maître.

Le vieux serviteur connaissait son employeur depuis suffisamment longtemps pour savoir qu’il était inutile et imprudent de le contrarier. Il se leva et se dirigea vers une petite table de pin à roulettes qu’il amena jusqu’au lit de Thenetos. Ovarif s’assit ensuite devant la tablette, ouvrit un tiroir fixé sous le plateau, et en sortit une feuille de parchemin, une plume et un encrier.

-         Je suis prêt, mon maître, déclara le serviteur.

-         Très bien. Voici le texte :

« Andorion, lorsque tu recevras cette lettre, tu ne devrais plus être très loin de ta cible. Cependant, il m’est nécessaire d’annuler ta mission car un événement d’importance bien supérieure s’est produit : un pouvoir magique considérable s’est manifesté au Nord de la ville de Dümrist. Lorsque je l’ai ressenti, ma douleur a été trop forte pour que je puisse localiser avec précision le lieu où le phénomène s’est produit. Je pense néanmoins que cela s’est déroulé à quarante-sept kilomètres au Nord-Nord-Est de la capitale, ce qui correspond aux environs du village de Siorac.

« Je veux que tu te rendes sur place et que tu trouves qui détient ce pouvoir. La force que j’ai sentie est trop pure pour provenir d’un objet de Pouvoir ou d’un démon, il s’agit donc nécessairement de quelqu’un qui porte cette puissance en lui. Il y a de grandes chances pour qu’il s’agisse encore d’un enfant ou d’un adolescent, car le pouvoir n’est apparu que de façon épisodique, alors qu’une telle puissance, chez un magicien adulte, est perceptible en permanence.

« Traque cette personne. Trouve-la. Ramène-la moi.

« La guerre ne va pas tarder à ravager cette contrée, aussi je t’envoie les détachements d’Anamïn et d’Ektaïn en renfort, au cas où les recherches prendraient plus de temps que prévu et t’empêchent de quitter le pays à temps.

« Je serais bien venu moi-même, mais ma vision m’a épuisé. Je suis à bout de forces et il me faudra longtemps pour récupérer. Je te rejoindrai dès que je me sentirai mieux.

« Un dernier détail : je t’ai dit de renoncer à ta mission, mais si par hasard le porteur des Bracelets d’Arzhan venait à passer à ta portée, n’hésite pas à appliquer le plan.

« Signé : Thenetos, Maître de la Guilde des Mages d’Affoth, Premier Sorcier de l’Empire »

-         As-tu tout noté, Ovarif ?

-         Bien entendu, mon maître.

Thenetos prononça une incantation tirée des Grimoires de Farodas, une œuvre qu’il avait acquise bien longtemps auparavant, et qui, de temps en temps, se révélait utile :

-         Ordanaz teka tofparig, Erkanium !

Une gigantesque chauve-souris se matérialisa sur l’épaule d’Ovarif. Le serviteur, habitué à ce genre d’apparitions, ne broncha pas.

-         Que voulez-vous de moi, maître ? croassa la créature.

-         Ne fais pas semblant de n’avoir rien écouté, Erkanium ! s’exclama Thenetos en souriant. Transmet ce message à Andorion !

Sans ajouter un mot, le monstre se jeta sur la tablette et avala la lettre en même temps que la plume et l’encrier - ce qui provoqua de vives protestations de la part d’Ovarif - puis s’élança vers la fenêtre…

Et s’écrasa avec fracas contre la vitre.

Agacé, Thenetos tendit la main vers le carreau, qui s’ouvrit aussitôt.

-         Et ne traîne pas en chemin ! ordonna-t-il alors que la chauve-souris bondissait à travers l’ouverture.

Le monstre déploya ses ailes et s’éloigna rapidement.

Thenetos le regarda disparaître à l’horizon. Il avait confiance en Andorion. C’était son élève le plus prometteur, et son meilleur chasseur.

Le mage eut soudain une quinte de toux qui lui fit cracher quelques gouttes de sang sur ses draps.

-         Je devrais peut-être vous faire porter une potion ? proposa Ovarif en essuyant la tache avec empressement.

-         Non, mon ami, non. Contre ce que je viens de subir, il n’existe qu’un seul remède : le repos complet.

-         Alors je suppose que je dois aller commander à Anamïn, Ektaïn et leurs unités de se préparer au départ ?

-         Tu as parfaitement compris mes intentions, conclut le mage.

Le vieux serviteur quitta la chambre et se dirigea vers un long tube de verre qui parcourait le palais entier. Il se plaça sur une large dalle de pierre qui s’engagea aussitôt dans le tunnel et conduisit Ovarif dans une citadelle massive et austère. Le vieillard poussa la porte principale et pénétra dans une immense salle d’entraînement en proie à une grande agitation. Des centaines de guerriers s’exerçaient au maniement de toutes sortes d’armes, exécutaient des acrobaties sur des installations complexes, couraient sur des pistes, nageaient dans de larges bassins, combattaient à mains nues…

-         J’ai un ordre de mission de maître Thenetos ! annonça Ovarif.

Tous s’immobilisèrent sur-le-champ. Les bruits de chocs, de chutes, les cris, les commentaires firent place à un silence pesant. Ovarif était habitué à produire cet effet-là. Il prit une grande inspiration.

 

 

Une demi-heure plus tard, cinquante nains en armes quittaient le palais au pas de course.

Publié dans histoiresdefarlo

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MoyPremier 13/01/2007 11:12

J'adore...encore, encore...je continu donc la lecture...