Chapitre 20 : La trahison du traître

Publié le par KaiM

 

Tarlaq n’avait pas eu un instant de répit, et combattait toujours avec son chandelier. Il para une attaque et frappa aux jambes celui qui l’avait portée. Le soldat tomba à plat ventre et poussa un hurlement quand les pointes de métal s’enfoncèrent dans son dos. Un garde maniant une hallebarde se jeta sur le baron, qui dut lâcher son arme pour éviter l’assaut. Son agresseur enchaîna avec d’autres coups qui forcèrent Tarlaq à reculer. Le baron trébucha soudain contre un cadavre et chuta lourdement. Le garde leva son arme...

            Une hache vola et se planta dans le dos du soldat, qui s’effondra. Les yeux de Tarlaq allèrent du garde à la hache, puis de la hache à Hustouk, qui retirait son arme du corps de sa victime.

-         Faites plus attention, Monseigneur, dit l’Ork en se tournant vers d’autres assaillants. Je ne serai pas toujours là !

Le baron ne répondit pas. Il venait de remarquer Kandrill, qui se tenait toujours sur l’escalier, à côté de Vladek, mais n’était plus protégée par Raxos. Tarlaq s’empara de la hallebarde qu’avait laissé tomber son dernier adversaire et la lança sur le Chevalier Blanc.

Vladek se jeta sur son employeur pour le protéger, et ils tombèrent tous deux à sol, évitant de peu le jet du baron. Lorsque le capitaine se releva, il tenait dans la main un collier au bout duquel était attaché un morceau d’ivoire.

            - A quoi jouez-vous ?! lui demanda Kandrill en se redressant.

            - J’attendais une occasion, répondit le capitaine en levant son épée.

            A cet instant, Tektus cessa de combattre les mercenaires et s’attaqua aux soldats. La hache du Varak semblait se réveiller et ses coups étaient soudain devenus plus rapides, plus violents, plus précis.

            - C’était gentil à vous de nous signaler, même indirectement, que c’était avec ce pendentif que vous contrôliez Tektus ! ricana Vladek. Dommage que je ne puisse plus remercier Vorgen d’avoir fait un trou dans votre armure !

            - Je suppose, dit Kandrill d’un ton menaçant, que vous allez m’expliquer votre revirement par un beau discours sur la valeur de l’amitié ou une autre niaiserie du même genre ?

            - Je me contenterai de vous conseiller de mieux choisir vos espions, répliqua le capitaine. Dès que vous m’avez contacté, j’ai saisi cette opportunité d’approcher l’ennemi. Je ne vous ai obéi que pour vous rencontrer. Vous auriez dû vous en douter ! Même à Fodam, après avoir livré le Prince au Zahr, j’ai observé la scène en me tenant prêt à intervenir ! Et j’ajouterai que je ne vous aime pas.

            Kandrill ne se troubla pas. Il avança lentement vers Vladek et engagea le combat. Le capitaine contra de justesse les premiers assauts et se dégagea d’un large mouvement du bras. Le Chevalier Blanc avança et porta un rapide coup latéral. Vladek se baissa pour esquiver et abattit son arme sur le mollet de Kandrill. La lame ne perça pas son armure, mais le déséquilibra. Le capitaine poussa son avantage et frappa son adversaire à la tête. Encore une fois l’attaque ne pénétra pas l’armure, mais le casque de Kandrill fut arraché, révélant le visage gracieux d’une jeune Elfe. Vladek, pétri d’une morale absurde issue de son éducation pieuse, hésita à frapper une femme. Il n’aurait pas dû. L’épée de Kandrill siffla, arrachant son arme au capitaine. L’Elfe poursuivit son mouvement et enfonça son pied dans la gorge de son adversaire, avant d’abattre sa lame. Vladek tenta d’éviter l’assaut, mais ne fut pas assez rapide. Sa main fut tranchée nette et il s’effondra en gémissant. L’arme de Kandrill remonta pour achever sa victime, mais Dario était là. Il effectua un bond de plusieurs mètres et sa lame bloqua celle de l’Elfe. Les deux combattants s’examinèrent sans bouger.

            Une flamme farouche illumina le regard opalescent du maître Chanteur.

            - Le doute ne t’étreint-il pas, vil laquais de l’Ombre, à l’idée d’affronter mon courroux dévastateur ? Ton abjection me...

            - D’abord, coupa Kandrill, au vu des couleurs de nos habits, il me semble que le vil laquais de l’Ombre, c’est toi, vieil homme. Ensuite, je t’ai déjà vaincu en rêve, il en sera de même dans la réalité !

            Les deux adversaires croisèrent à nouveau le fer dans une gerbe d’étincelles. Il luttèrent férocement pendant quelques secondes, chacun se refusant à céder un pouce de terrain. Dario feinta puis abattit son sabre en visant la taille de Kandrill. L’Elfe dut bondir en arrière pour échapper à l’attaque. Le maître Chanteur l’accompagna dans son saut et les deux combattants échangèrent quelques coups dans les airs avant de regagner le sol, où leur lutte reprit de plus belle.

            Alexandre, qui observait le duel, comprit qu’à la moindre inattention, Dario mourrait. Aussi fut-ce avec effroi qu’il repéra le faucon de Kandrill qui filait droit vers la nuque du maître Chanteur. Le Prince réagit avant même de penser. Son couteau vola et transperça l’oiseau à moins d’un mètre du mage. Rassuré, Alexandre lança son autre couteau vers un soldat, qui s’écroula, la lame fichée dans le front. Le Prince s’empara ensuite d’une épée et rejoignit Tarlaq, qui combattait furieusement

            Namâric , debout sur la rampe du balcon, affrontait toujours Raxos. Les coups du Zahr étaient vifs et puissants, mais le Paladin parvenait néanmoins à les éviter. Il avait amené son adversaire sur la rambarde dans l’espoir de lui faire perdre l’équilibre, mais les pieds griffus de Raxos le maintenaient solidement en place. Finalement, l’épée de Namâric se prit dans l’arme du Zahr, qui l’envoya voler au loin avant de se jeter sur son adversaire. Le Paladin repéra un arc au sol et plongea dessus.

            Aucun homme n’aurait pu, dans le court laps de temps qui s’écoula pendant que Raxos rejoignait sa proie, saisir l’arme de jet, basculer sur le dos, encocher une flèche, viser et tirer. Mais Namâric n’était pas entièrement un homme. Du sang elfique coulait dans ses veines. Et le Zahr tomba, un trait planté entre les deux yeux.

            Dans le hall, la bataille touchait à sa fin. Tous les mercenaires d’Irno Vorgen étaient morts, mais les hommes de Kandrill n’étaient plus très nombreux non plus. Draxor, de son sabre, déchira le flanc d’un garde, puis en fit basculer deux autres par-dessus la rampe du balcon. Les soldats s’écrasèrent avec fracas sur le sol de pierre. Hustouk balança son coude dans le ventre d’un adversaire, et, à l’aide de sa hache, le fendit en deux sur toute sa longueur. Alexandre mit tout son poids dans un coup de pied qui brisa le genou d’un garde, que Tarlaq transperça ensuite. Quatre hommes tombèrent sous la hache de Tektus, puis le Varak en écrasa un cinquième sous son large pied. Un soldat s’attaqua à Greta, lance en avant. La vieille femme se dressa et tendit la main vers son agresseur. Il y eut un éclat de lumière rouge et le garde fut réduit en cendres. C’était le dernier. A présent, seuls Dario et Kandrill combattaient encore.

            Alexandre prit soudain conscience du vent qui s’engouffrait dans la salle, de la neige qui commençait à recouvrir le sol, du froid qui pénétrait ses vêtements. Durant le combat, l’excitation, la furie, le danger, avaient fait oublier à tous la tempête qui se déchaînait.

            - Il faut se mettre à l’abri ! ordonna le Prince. Nous ne tiendrons pas dans ces conditions ! Il faut gagner une autre pièce et allumer un feu !

            Mais une vision dramatique lui fit aussitôt oublier cette idée : de l’extérieur arrivait une nouvelle phalange de Chevaliers.

            - Changement de plan ! hurla-t-il. On s’enfuit par derrière !

            Les compagnons d’Alexandre se ruèrent vers l’escalier, où Kandrill luttait contre le maître Chanteur. Comprenant qu’elle n’avait aucune chance contre sept adversaires, l’Elfe rompit le combat et s’enfuit par une des portes qui donnaient sur les autres pièces du fort. Alexandre s’élança à sa poursuite, suivi par ses amis. Les soldats venaient de passer la porte principale. Tarlaq se pencha sur Vladek, qui gisait à terre. Le capitaine s’efforçait se comprimer son bras pour empêcher le sang de couler. Le baron aida son camarade à se lever puis, le soutenant et l’encourageant, quitta la salle à la suite de ses compagnons.

Publié dans histoiresdefarlo

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