Chapitre 17 : Les Chevaliers Blancs

Publié le par KaiM

 

Le hall du fort était plutôt spacieux. Il occupait la majeure partie du rez-de-chaussée du bâtiment. Un grand escalier menait à un large balcon qui faisait le tour de la salle et desservait les autres parties de la citadelle. De nombreux chandeliers ornaient les murs. Un grand nombre de soldats se serrait autour de quelques feux qui maintenaient une douce chaleur dans la salle, mais qui menaçaient de s’éteindre à tout moment. Aussi lorsqu’ Alexandre et ses compagnons pénétrèrent dans le hall, on les pressa de refermer la grande porte. Le Prince s’avança jusqu’au centre de la pièce, suivi de près par les quatre guerriers. Greta et Lida étaient restées à l’extérieur, et Alexandre espérait qu’elles n’auraient pas à y demeurer trop longtemps : le vent était violent, le froid insoutenable. Le Prince admira ses compagnons lorsqu’il réalisa que pour lui, ils avaient chevauché plusieurs heures dans cette atmosphère glaciale.

            Tout le monde attendait.

            Enfin, un chevalier en armure blanche parut. En apercevant le panache de son casque, Alexandre reconnut le guerrier qui avait affronté Dario dans son rêve. A ses côtés se tenaient un Zahr et un Varak. Après les avoir observés un instant, le Prince réalisa qu’il s’agissait du Zahr qu’il avait affronté à Fodam et de... Tektus. Les éléments du puzzle commençaient à s’assembler, mais Alexandre ne s’attendait pas du tout à découvrir cette nouvelle pièce ! Son trouble devait être visible, car le chevalier prit la parole.

            - Tu te demandes comment ce Varak s’est retrouvé à mon service ? C’est fort simple...

            Les intonations de sa voix étaient presque chantantes. Ce n’étaient pas celles d’un homme. Le Prince soupçonna que son ennemi était un Elfe.

            - J’ai assisté à l’attaque des Wolks dans la vallée, poursuivit le chevalier, et j’ai vu cette créature basculer dans le fleuve. Il était en piteux état quand mes hommes l’ont récupéré, mais il vivait encore. Et tout le monde sait comment asservir un Varak...

            - Ah bon, comment ? interrogea Alexandre.

            - Je sais que tu arrives facilement à faire parler mes sbires, mais avec moi ça ne marchera pas ! En revanche, j’aimerais beaucoup savoir comment tu t’es débarrassé de Raxos à Fodam.

            En prononçant ces mots, le chevalier avait désigné le Zahr.

            - Cela n’a pas été facile pour moi de sortir son âme de l’Assermenteur, tu peux me croire. Ca se bousculait tellement pour s’échapper que j’ai du faire une bonne centaine de tentatives avant de trouver le bon esprit. A propos, tu savais que l’urne contenait, entre autres, les âmes d’un chien, d’un rat et même d’un poisson ? Mais bon, je m’égare. Comment as-tu neutralisé Raxos ?

            Alexandre réfléchit à ce qu’il venait d’entendre. Le chevalier était manifestement un puissant magicien, puisqu’il était capable de libérer une âme de l’Assermenteur. Il allait avoir du mal à le vaincre. Le Prince décida de répondre à la question.

            - C’était simple mais risqué, expliqua-t-il. Ce... Raxos a commis l’erreur de sous-estimer mes connaissances. D’après la légende, le mage Ikarior, ne souhaitant pas que sa création se retourne contre lui, avait conçu l’Assermenteur de façon à pouvoir en retourner le sort à son interlocuteur, si jamais il lui fallait trahir sa parole. Toujours d’après la légende, il lui suffisait pour cela de prononcer une incantation particulière. Enfin, Ikarior avait très mauvaise mémoire. Il ne m’a donc pas été difficile de conclure que pour pouvoir toujours se souvenir de la formule dans les moments critiques, Ikarior l’avait forcément inscrite sur l’urne. Et effectivement, c’était écrit. En très gros, même. Il était gravé : "Pour enfermer l’adversaire, dis : Angor’Rifaz". J’ai pris le risque, j’ai gagné.

            - Mais ces symboles étaient incompréhensibles ! protesta Raxos. Même moi, avec toute ma culture, je n’ai pas réussi à les traduire !

            - D’où l’intérêt de l’étude approfondie des langues mortes, conclut Alexandre.

            - Je vois, intervint le chevalier. Les choses s’éclairent.

            - Pour vous peut-être, mais pas pour moi ! s’écria le Prince. Qui êtes vous ? et que voulez-vous ?

            - Tu as le droit de le savoir. Je me nomme Kandrill, j’appartiens comme tous ces hommes à l’ordre des Vzad’orû’bausns, les Chevaliers Blancs si tu préfères. Et quant à ce que je veux, c’est très simple : j’ai besoin des Bracelets d’Arzhan !

            - Et c’est pour cela que vous m’avez envoyé ce Zahr et que vous m’avez fait capturer je suppose.

            - Exact.

            - Mais vous devez savoir que vous ne pouvez pas me dérober les Bracelets par la force...

            - C’est vrai, confirma Kandrill. Mais je t’ai fait enlever car j’ai du agir dans l’urgence. Tu allais regagner Dümrist, où tu te serais retrouvé sous la protection des Paladins Noirs. Il fallait avant tout éviter cela. Mais je ne doute pas que tu finiras par nous remettre ces objets, ne serait-ce que pour échapper aux tortures qui t’attendent.

            - Vous pouvez toujours rêver !

            - Prétends-tu pouvoir résister éternellement à la souffrance ? Ou bien voudrais-tu faire allusion aux renforts qui, crois-tu, ne vont pas tarder à intervenir ?

            Alexandre sursauta. Un faucon vint se poser sur l’épaule du chevalier.

            - Dans ce cas, continua Kandrill, tu risques fort d’être déçu. Mes serviteurs s’en sont déjà occupés. Ton messager n’est jamais parvenu à Dümrist.

            Le Prince se tendit. La situation se compliquait. Au son de sa voix, on sentait que le chevalier était ravi.

            - J’ai de nombreux pouvoirs, parmi lesquels celui de diriger mes oiseaux de proie par la pensée. Je n’ai eu aucun mal à suivre le petit oiseau et à m’en débarrasser après qu’il ait contacté tes amis.

            - Mais pourquoi avoir attendu qu’il ait retrouvé Namâric pour intervenir ? questionna Alexandre.

            - Pour attirer tes compagnons ici, bien sûr ! D’ailleurs, si tu comptais me prendre par surprise, tu as échoué !

            Le chevalier fit un signe de la main, et aussitôt les gardes braquèrent leur lances vers Tarlaq et ses hommes.

            - Me croyais-tu assez stupide pour me laisser prendre à un piège aussi simple ? Mon faucon surveillait la prison, il a tout vu ! Tes serviteurs n’ont aucune chance !

            Lentement, Alexandre fit glisser ses couteaux jusque dans ses mains. Il allait falloir se battre. Le Prince espérait de tout cœur que Greta n’allait les laisser tomber maintenant. Comme s’il avait deviné ses pensées, Kandrill éclata de rire.

            - Tu comptes peut-être sur l’aide de la vieille ruine et de la môme qui attendent dehors ? A mon avis, tu ferais mieux d’oublier cette idée !

            Une porte latérale s’ouvrit et six soldats pénétrèrent dans le hall, poussant Greta et Lida du bout de leurs lances.

            - Je vous avais prévenu, Votre Altesse, murmura Tarlaq. Ca ne pouvait pas marcher. Je suppose que vous avez un nouveau plan génial à nous soumettre ?

            - Bien évidemment, répondit le Prince. On fonce dans le tas et on tue tout le monde.

            - Bonne stratégie, approuva Namâric. Simple et efficace.

            - Je vous avais dit que ça pouvait être utile ! exulta Hustouk.

            L’épée de Vladek jaillit de son fourreau et, contre toute attente, vint se poser sur la gorge de Tarlaq.

            - A votre place, je ne ferais pas ça, conseilla le capitaine.

Publié dans histoiresdefarlo

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