Chapitre 16 : Tempête et sauvetage

Publié le par KaiM

 

La tempête se déchaînait sur Hözel. Le vent hurlait. Une épaisse couche de neige recouvrait déjà le sol. Les soldats s’étaient tous abrités dans les bâtiments. Il fallait être fou pour s’aventurer dans une pareille tourmente. Pourtant, le garde qui marchait péniblement dans les rues ne l’était pas. Il était surtout furieux contre le hasard, qui venait de le faire perdre à la courte paille. Comme si parmi les quarante hommes qui gardaient le fort, aucun n’avait le courage d’accomplir de lui-même les ordres du commandant ! Il fallait que ça tombe sur lui ! Déjà qu’il était de corvée de patates pour trois jours...

            Le soldat parvint enfin à la prison et s’abrita bien vite à l’intérieur. Dans la salle de garde, depuis laquelle on accédait aux cellules, cinq hommes jouaient au dés, assis autour d’une table.

            - Le commandant réclame le prisonnier immédiatement !

            Les gardes se tournèrent vers le messager.

            - Ca peut pas attendre, non ? demanda l’un d’eux d’un ton bourru.

            - Non. Les ordres sont formels. Bon courage pour traverser la tempête ! Moi, je reste ici !

            - Oh, ça, ça ne me dérange pas, affirma le garde. Simplement, j’aurais aimé finir la partie.

            - Allons-y, ça ne prendra pas longtemps, déclara son voisin en se levant et en détachant les clés qui pendaient à sa ceinture. On sera revenus dans dix minutes et on pourra reprendre le jeu !

            Il avait tort.

            Le messager eut un sursaut, puis s’effondra. Une flèche dépassait de son dos. Un guerrier en armure noire se tenait dans l’encadrement de la porte, un arc à la main. Les gardes empoignèrent leurs lances, mais il était trop tard. Une seconde flèche terrassa l’un d’eux, tandis qu’un carreau d’arbalète provenant de derrière l’assaillant transperçait la gorge de celui qui tenait les clés. L’archer se jeta dans la pièce en décochant une nouvelle flèche qui se planta dans le front de l’homme le plus proche de lui, puis abandonna son arc et tira une épée elfique. Il bondit sur la table et frappa en plein cœur un garde encore assis. Un Ork fit irruption dans la salle, l’épée à la main, et s’avança vers le dernier soldat, qui tirait désespérément sur la corde de la cloche d’alarme. Aucun son ne se faisait entendre.

            - Le gel bloque le mécanisme, expliqua l’Ork en abattant sa lame. Au moins, tu ne seras pas mort idiot.

            - Merci de ton aide, Hustouk, dit l’archer tout en essuyant son arme. Un instant, j’ai cru que j’allais devoir tout faire tout seul.

            - Tu en aurais été capable, intervint le baron Tarlaq en passant la porte.

            Il observa les corps des gardes, reconstituant mentalement la scène qui venait de se dérouler.

            - Joli travail, reprit-il, mais était-il nécessaire de tuer tous ces hommes ?

            - Indispensable, répondit Hustouk. Ces soldats sont trop nombreux pour que nous nous permettions d’en laisser en vie.

            - Mais qui sont-ils donc ? questionna Vladek en entrant à son tour. Ces uniformes sont simplement blancs, sans aucun signe distinctif. Je n’en ai jamais vu de tels.

            - Moi, si, déclara Namâric en ramassant ses flèches.

            Son intervention fut suivie d’un silence. Comprenant que ses compagnons attendaient des explications, le Paladin reprit la parole.

            - Ils appartiennent à un ordre antagoniste à celui des Paladins Noirs, les Vzad’orû’bausns.

            - Les quoi ? coupa Hustouk.

            - Je sais, c’est assez mauvais comme nom. D’ailleurs, comme personne n’arrive à le retenir, ils sont connus sous le nom des Chevaliers Blancs.

            - C’est plus simple, reconnut Tarlaq.

            - En bref, poursuivit Namâric, ils recherchent comme nous des objets de pouvoir, mais comptent les utiliser pour dominer le monde.

            - Ta façon de présenter les choses est assez partiale, remarqua Vladek. J’ai plutôt l’impression d’avoir affaire à deux organisations rivales qui convoitent exactement la même chose et qui ne valent pas mieux l’une que l’autre.

            - C’est un peu ça, dit le Paladin avec un sourire. Mais pour l’instant, je suis votre allié, et ils sont vos ennemis. Alors allons délivrer le Prince !

 

           

            - Pas trop tôt !

            C’est par ces mots que furent accueillis les quatre guerriers lorsqu’ils ouvrirent la porte du cachot d’Alexandre. Comme ils s’attendaient à des remerciements, ils furent un peu vexés. Le Prince reprit la parole.

            - Puisque vous êtes ici, je suppose que le chef de cette petite armée a demandé à me voir. C’est bien ça ?

            - C’est ce que disaient les gardes avant que nous ne les abattions, confirma Hustouk.

            - Parfait ! Nous pouvons donc passer à la seconde partie de mon plan : enfilez les uniformes des hommes que vous avez tués et conduisez-moi au fort !

            - Quoi ?! s’exclamèrent en même temps les quatre guerriers.

            - C’est une occasion unique de rencontrer l’ennemi, expliqua Alexandre. Il est hors de question de la laisser passer !

            - Nous ferions peut-être mieux d’attendre les renforts, suggéra Vladek. Nous pourrions alors facilement capturer ce commandant...

            - Non, le Prince a raison, répliqua Namâric. Les gens ne parlent jamais mieux que lorsqu’ils croient avoir l’avantage.

            - Il n’empêche que ce plan est plus que douteux, objecta Tarlaq. Ces uniformes sont troués, maculés de sang, et en plus nous ne ressemblons pas à ces hommes et nous n’avons pas leur voix. Ce genre de stratagème ne marche que dans les contes pour enfants.

            - Aucune importance, trancha Alexandre. Il vous suffira de porter des casques pour vos visages, des manteaux par-dessus les uniformes, et surtout de vous taire ! Et tant que j’y pense, il me faut une arme.

            - Les gardes avaient de nombreux couteaux, annonça Hustouk. Il vous sera facile d’en dissimuler quelques-uns dans vos manches.

            - Très bien. Allons-y alors. Il nous faut aussi libérer les deux autres prisonnières, Greta et Lida.

            Le Prince avait hésité à prendre cette décision. Greta était une ennemie, il le savait. Mais pour l’instant, elle n’était pas l’alliée de ses adversaires. Elle pouvait donc l’aider. Quant à Lida, elle l’avait sauvé de la vieille femme, Alexandre devait bien lui rendre la pareille.

            Namâric fit le tour des cachots, et ramena rapidement les deux captives dans la salle de garde. Alexandre, qui enfilait une légère cotte de mailles prélevée sur l’un des gardes, se tourna vers elles.

            - Vous pouvez partir, déclara-t-il. Mais si vous voulez nous aider, votre assistance est la bienvenue, simplement n’intervenez pas avant mon signal.

            Il se tut un instant, puis reprit en s’adressant à Greta.

            - Mais je veux que vous sachiez que si vous restez, vous aurez des comptes à me rendre au sujet de ce qui s’est passé hier soir !

            La vieille femme croisa les bras sans dire un mot. Lida regarda le Prince droit dans les yeux. Il lut un remerciement dans son regard. Alexandre se sentit attendri, puis se ressaisit et passa son manteau par-dessus son armure.

            - Nous n’avons que trop tardé ! Qu’on en finisse à présent !

            Et la compagnie quitta le bâtiment pour s’engager dans la tempête.

Publié dans histoiresdefarlo

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