Chapitre 15 : Arrivée à Hözel

Publié le par KaiM

 

D’après les souvenirs d’Alexandre, Hözel était un village abandonné, maudit par un sorcier très légèrement irritable. Or, lorsque le Prince, sous bonne garde, descendit de son chariot, il constata qu’une activité fébrile régnait dans le bourg. Des soldats couraient en tous sens, rassemblant tout ce qui traînait à l’extérieur. Alexandre, en remarquant les épais nuages qui couvraient les environs et les arbres qui ployaient au loin, comprit qu’une tempête arrivait sur eux, et que les militaires tentaient de mettre leur matériel à l’abri.

            - Allez, avance ! ordonna le sergent.

            - A quelle division de l’armée royale appartenez-vous ? interrogea le Prince.

            - Nous ne faisons pas partie de... avance, je te dis !

            Un des soldats qui montaient la garde à l’entrée de la ville vint à leur rencontre.

            - Nous seront bientôt prêts à partir, annonça-t-il. Mais nous devrons rester ici tant que la tempête ne se sera pas calmée !

            - Où est le commandant ? demanda le sergent.

            - Dans son bureau. Il a demandé qu’on ne le dérange sous aucun prétexte.

            - J’ai quelque chose qui devrait l’intéresser...

            - Si vous voulez parler de ce garçon, dit le garde en désignant Alexandre, sachez que le commandant attendait sa venue, et qu’il a ordonné qu’on ne vienne pas le déranger, même pour lui !

            - Mais que peut-il bien faire pendant des heures dans son bureau ? s’étonna le sergent.

            - Ce n’est pas mon problème, et je pense qu’il vaut mieux ne pas chercher à le savoir.

            Le sergent se tourna vers ses hommes.

            - Enfermez les trois prisonniers dans des cellules séparées, commanda-t-il.

            Tandis que les gardes l’emmenaient, Alexandre détailla le village. Il comportait une trentaine de maisons, une forteresse, une église dédiée à un dieu quelconque et quelques auberges. Pour un lieu abandonné depuis des années, il était en bon état. Le Prince estimait à deux cents les soldats qui campaient dans le village, et se demanda pourquoi des militaires étrangers à l’armée de son père s’étaient installés ici. Il semblait qu’ils allaient lever le camp, il devait donc s’agir d’une mission d’espionnage. Non, ce n’était pas possible. On n’espionne pas à deux cents. Mais on n’attaque pas non plus un royaume avec des effectifs si réduits. Et qui était ce commandant si mystérieux qui s’intéressait tant à lui ? Le Prince ne savait que penser.

            Il aperçut Greta, étroitement surveillée, et se rappela qu’elle aussi était son ennemie. Mais elle ne semblait pas être alliée aux hommes qui occupaient Hözel. Ce qui intriguait le plus Alexandre, c’était que la vieille femme n’utilisait pas la magie dont elle s’était servie contre lui. Elle aurait pourtant pu s’enfuir facilement ! Que voulait-elle donc?

            Le Prince remarqua aussi la petite Lida, et quand il la vit il sut que c’était elle qui l’avait aidé à vaincre la vieille sorcière. Il fallait qu’il l’aide à s’échapper.

            Les gardes conduisirent leurs prisonniers vers un massif bâtiment de pierre, et les jetèrent dans des cachots souterrains. Après avoir examiné sa cellule et constaté qu’il n’avait aucun moyen de forcer la serrure, de creuser un tunnel, de desceller les pierres des murs, Alexandre tenta d’appeler quelqu’un, mais aucune réponse ne lui parvint. Soit la porte était trop épaisse, soit les gardes étaient partis. Le Prince réalisa soudain qu’il n’avait rien bu ni mangé depuis presque une journée, et sa faim  se réveilla aussitôt. Il remarqua alors un pichet d’eau et une miche de pain posée dans un coin de la pièce. Dans les histoires, à cet instant, le héros résistait à la tentation car il se doutait que la nourriture était droguée. Mais Alexandre ne s’embarrassait pas de telles considérations. Il n’était pas dans une histoire, et pouvait donc se jeter sans scrupules sur sa pitance. Après s’être repu, le Prince s’assit sur la paillasse qui traînait sur le sol de pierre. Il n’avait plus qu’à attendre.

 

           

            Irno Vorgen hésitait à donner à ses mercenaires l’ordre d’abattre les deux hommes qui se dressaient devant lui. Il avait déjà perdu quatre guerriers, et ne tenait pas à prendre le risque de s’attaquer à plus fort que lui. Il avait une mission à accomplir.

            - Qui êtes-vous ? demanda-t-il enfin.

            Le plus vieux des deux inconnus, un homme âgé mais à l’air dur, vêtu d’un manteau bleu, s’avança.

            - Je suis Dario d’Yrwald, conseiller du roi Alexandre VII. Et voici Lord Draxor, un... ami.

            Vorgen considéra le fameux "ami" et se résolut aussitôt à ne pas chercher à le contrarier. Un guerrier qui se cachait derrière un masque d’or ne pouvait être qu’un dément.

            - Et en quoi puis-je vous être utile ? questionna prudemment le marchand.

            - Tout d’abord, intervint Draxor, en nous expliquant pourquoi vous envoyez vos hommes et vos passagers en rase campagne ! Ensuite, pourquoi vous vous séparez de votre caravane ! Enfin, ce que vous...

            Dario l’interrompit.

            - Vous avez sûrement beaucoup de choses à nous dire, mais pour l’instant il se pourrait que nous partagions les mêmes objectifs. Je suis à la recherche du Prince Alexandre, qui a été embarqué par des soldats inconnus. Et il semble que vous soyez à la recherche de votre amie Greta, qui a apparemment été capturée avec lui.

            - C’est exact, confirma le marchand.

            - Et vous savez où les trouver, affirma le maître Chanteur

            - Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

            - La magie que je perçois autour de vous. Vous êtes relié à cette vieille femme, c’est évident. Je ne sais pas quel est ce sort, mais je le vois, et cela me suffit.

            Vorgen réfléchit. Ce mage avait percé à jour sa véritable nature, il en était sûr. Laisser ces deux hommes en vie était imprudent. Mais il était encore plus imprudent de se battre maintenant. Et puis, deux lames de plus, ça pouvait toujours servir...

            - Très bien, déclara le marchand. Suivez-nous !

            Tous s’élancèrent vers l’Ouest. La neige commençait à tomber.

Publié dans histoiresdefarlo

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