Chapitre 14 : La dure vie des oiseaux

Publié le par KaiM

 

Etendu sur le sol, Draxor agonisait. Ses membres brûlés ne lui permettaient plus d’esquisser le moindre geste, mais malgré cela il luttait désespérément contre la mort depuis plusieurs heures. Tout autre que lui aurait rendu l’âme depuis longtemps, mais il était différent des autres. Son masque avait protégé son visage, empêchant le souffle enflammé de pénétrer dans ses poumons, et maintenant encore la magie de l’objet le maintenait en vie. Son cœur battait très faiblement, son souffle était imperceptible. Même les soldats qui avaient emmené Alexandre l’avaient laissé pour mort. Mais Draxor refusait la mort. Il ne pouvait accepter de s’être battu pour rien. Peu à peu, son cœur ralentit et le Paladin commença à manquer d’air. Lentement son esprit s’obscurcissait.

            Alors que la dernière étincelle de vie qui l’animait était sur le point de s’éteindre, Draxor vit toute son existence défiler devant ses yeux : sa jeunesse dans un petit village de campagne, ses dons précoces pour la bataille, son entrée dans l’Ordre des Paladins Noirs, ses nombreuses missions... La vie que le Paladin revoyait n’était pas celle dont il aurait voulu. Elle avait été entièrement vouée à la guerre, au travail, au devoir, sans la moindre place pour la joie ou l’amour. Le sentiment d’avoir raté sa vie envahit Draxor, et cela l’incommoda. Il souhaitait finir sur un souvenir heureux. Il se replongea dans son enfance, revit le visage de son frère cadet. Lui, au moins, était sûrement heureux, maintenant. Draxor se rappela les soirées où, après leur avoir raconté de fabuleuses histoires, leur mère les portait jusque dans leurs lits et leur chantait une berceuse. Il pouvait presque entendre à nouveau les douces mélodies qui l’avaient si souvent rassuré dans le noir. Tout était bon, doux, calme...

            Draxor mourut en paix.

           

            Du moins, il le crut un instant.

            Car la berceuse ne s’éteignait pas, mais au contraire prenait de l’ampleur. Ce n’était plus la voix d’une femme qui fredonnait la mélopée, mais celle d’un vieil homme. Draxor sentit ses muscles se reformer, ses brûlures cicatriser, son cœur repartir, la lumière revenir.

            Il se leva d’un bond. Une voix s’éleva derrière lui.

            - Tu es tiré d’affaire, Paladin. Inutile de me remercier, il était naturel de te venir en aide. Tu as sûrement déjà entendu parler de moi...

            Draxor se retourna prudemment. Son sauveur acheva sa tirade :

            - Je suis Dario d’Yrwald.

 

 

            Si des voyageurs avaient parcouru la route de Dümrist ce matin-là, un étrange spectacle se serait offert à eux : quatre cavaliers lourdement armés s’étaient regroupés au milieu de la voie et contemplaient, incrédules, un petit oiseau qui leur parlait avec la voix du Prince Alexandre. Lorsque le volatile eut fini de délivrer son message, les quatre guerriers se regardèrent, indécis.

            Lorsqu’ils s’étaient réveillés et avaient constaté la disparition de Draxor et du Prince, Tarlaq, Vladek, Hustouk et Namâric avaient méticuleusement fouillé les environs à la recherche de traces, mais en vain : le Paladin avait pris ses précautions. Piteux, les quatre soldats avaient décidé de rallier Dümrist au plus vite et de revenir avec suffisamment d’effectifs pour organiser une battue en règle. Mais ils savaient que c’était sans espoir : le Prince et son ravisseur étaient sûrement déjà loin. Ils avaient chevauché toute la nuit et n’étaient plus qu’à quelques lieues de la capitale, lorsque l’oiseau messager les avait rejoints., porteurs de nouvelles informations. Ils devaient maintenant prendre une décision.

            - Pourrait-ce être un piège ? demanda finalement Tarlaq.

            - Impossible, répondit Namâric. Frid imite la voix du Prince, c’est donc forcément lui qui lui a dicté le message.

            - Frid, c’est le nom de cet oiseau ? intervint Vladek.

            - Bien sûr ! s’exclama le volatile. De qui d’autre voudrais-tu qu’il parle ?!

            - Il est toujours aussi excité ? questionna le baron.

            - Excité, moi ?! s’indigna Frid. Faut pas vous étonner ! C’est vous qui êtes exaspérants !

            - Et si le Prince avait parlé sous la contrainte ? supposa Hustouk.

            - Tu me prends pour qui ? s’écria l’oiseau. Je vous l’aurais dit !

            - On peut lui faire confiance, assura Namâric. Je propose de foncer à Hözel et d’appliquer le plan du Prince.

            - Mais ces soldats pourraient être plus nombreux qu’on ne le croit ! objecta Tarlaq. Il nous faut des renforts !

            - C’est vrai, admit le Paladin.

            Il se tourna vers son messager.

            - Frid ! Rends-toi à Dümrist, explique la situation et envoie tous les hommes disponibles à Hözel ! Nous, nous allons sur place immédiatement pour pouvoir intervenir au plus vite, si besoin est.

            - Ne vaudrait-il pas mieux que l’un d’entre nous gagne lui-même la ville ? suggéra Vladek.

            - Je peux très bien m’acquitter tout seul de cette mission ! hurla l’oiseau. Vous aurez besoin d’être le plus nombreux possible en cas de pépin ! Allez, ne perdez pas de temps !

            Et Frid prit son envol, filant droit vers Dümrist, tandis que les quatre guerriers éperonnaient leurs montures et quittaient la route.

            Le volatile avait à peine parcouru cent mètres quand il entendit un rapide bruissement d’ailes derrière lui. Il tourna légèrement la tête et découvrit un faucon menaçant sur le point de le rattraper. Frid, qui n’en était pas à sa première mission périlleuse, plongea aussitôt vers le sol. Son poursuivant s’engagea sans mal à sa suite. Le petit oiseau savait qu’il n’avait aucune chance de distancer un tel adversaire, aussi mit-il immédiatement au point un plan pour le neutraliser. Juste avant de toucher terre, il redressa sa trajectoire et pénétra dans un champ de hautes herbes. Le faucon, sans quitter des yeux sa future victime, survola les végétaux, attendant que sa proie en émerge. Frid, satisfait, se dirigea vers un imposant chêne, son poursuivant à ses trousses. Le faucon, qui gardait les yeux braqués sur le petit oiseau, ne vit l’obstacle que trop tard. Sa tête percuta le tronc de l’arbre de plein fouet tandis que sa proie le contournait aisément. Frid revint ensuite sur son agresseur pour vérifier qu’il était bien hors de combat.

            Cela lui fut fatal.

            Le faucon explosa. L’arbre et l’oiseau messager furent réduits en cendres tandis que la moitié du champ était balayée par le souffle de l’explosion. Seul un roseau ténu qui se dressait dans un petit ruisseau avait plié sans rompre.

Publié dans histoiresdefarlo

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zordar 14/07/2005 22:39

sympa comme idée mais publie avec une police plus grosse on se tue les yeux !