Chapitre 13 : Prisonnier!

Publié le par KaiM

 

Alexandre se trouvait dans un désert de sable. Il n’avait que de vagues souvenirs concernant ce qui venait de lui arriver, et peinait à mettre de l’ordre dans ses pensées. Il lui semblait avoir affronté Greta, mais pourquoi ? Et que faisait Lida à côté de sa grand-mère adoptive à ce moment ? Et quel était cet homme d’armes dont il se rappelait la présence ? Il remarqua alors qu’un combat se déroulait devant lui : Un chevalier en armure blanche muni d’une épée elfique affrontait un homme âgé en manteau bleu armé d’un sabre oriental. Alexandre reconnut Dario. Le maître Chanteur se déplaçait de façon à toujours se trouver entre son adversaire et le Prince. Le chevalier frappait sans relâche, déterminé à tuer. Dario parait chaque coup avec aisance mais enchaînait les attaques sans parvenir à percer la garde de son assaillant. Soudain, le chevalier parvint à entailler le bras du maître Chanteur, qui relâcha son attention une fraction de seconde. L’épée du guerrier s’abattit et la tête de Dario tomba. Le corps du mage disparut aussitôt.

            Le chevalier se dirigea vers Alexandre. Le Prince sentit ses glaives dans son dos et les tira sur-le-champ. Il détailla son adversaire. L’armure du chevalier ne présentait pas le moindre défaut. Son casque surmonté d’un panache blanc était solidement fixé sur ses épaules. Alexandre, pressentant une issue funeste, tenta de fuir, mais, d’un bond, le chevalier se plaça devant lui. Le Prince frappa avec violence, mais son adversaire esquiva en se jetant en arrière à une vitesse hallucinante, revint en un éclair et en deux coups vicieux désarma Alexandre. Le guerrier poussa le Prince à terre et leva son épée. A cet instant Alexandre comprit trois choses :

            Il était dans un rêve.

            Son adversaire voulait lui ouvrir le crâne pour lire dans ses pensées.

            Et il lui était très facile de s’échapper.

 

 

            Le Prince se réveilla en sursaut. Il était seul. Il reposait dans une salle vide aux murs de bois. A la réflexion, ce ne devait pas être une salle compte tenu des cahots qui la secouaient. Des bruits de voix se faisaient entendre à l’extérieur. Alexandre s’approcha de la porte et tenta de l’ouvrir, mais elle était verrouillée. Il repéra alors une mince ouverture dans l’une des parois et regarda à travers. La fente était haute, de sorte qu’il ne vit tout d’abord que le ciel nuageux et faiblement éclairé. Ce devait être le matin, et le Soleil n’était probablement pas encore levé. En se dressant sur la pointe des pieds, le Prince constata qu’un soldat en uniforme blanc chevauchait à côté de lui. Il était donc dans un chariot.

            - Hé ! appela Alexandre.

            Le militaire se tourna vers lui.

            - Tiens ! Notre blessé s’est réveillé !

            - Pourrais-je savoir ce qui s’est passé ?

            - On avait espéré que ce serait toi qui nous le dirait ! Notre commandant ressent une immense activité magique dans la campagne, on s’y précipite et qu’est-ce qu’on trouve ? Un chevalier brûlé, deux gamins évanouis, et une vieille folle qui tente désespérément de les ranimer !

            - Soyez poli ! Parlez de moi avec plus de respect ! Je suis le Prince royal de Dümra !

            - Ouais, c’est ça. Et tu te balades sans escorte au milieu de nulle part alors que tu devrais être sur le front avec ton père ? Désolé, mais c’est un peu gros.

            Un second soldat, d’apparence plus robuste, fit irruption dans le champ de vision d’Alexandre.

            - Que se passe-t-il ? demanda-t-il au premier.

            - Rien, sergent. Le prisonnier s’est réveillé.

            - Et qu’a-t-il dit ?

            - Il prétend être le Prince Alexandre.

            - Voyez-vous ça, railla le sergent en se tournant vers le jeune garçon.  Et tu te balades sans escorte au milieu de nulle part alors que tu devrais être sur le front avec ton père ? Désolé, mais c’est un peu gros.

            - Oui, je sais, répondit Alexandre. C’est exactement ce que votre subordonné vient de me dire. Vous manquez d’imagination, dans l’armée !

            - Laisse tomber cette idée, grommela le sergent. Tu ne t’en tireras pas comme ça. Dis-nous plutôt ce que tu faisais là où on t’a trouvé.

            - Je pique-niquais avec des amis, dit le Prince d’un ton innocent.

            - Et vous avez pour habitude de faire cuire des chevaliers pour le plat de résistance ?

            - Comment va-t-il ? s’inquiéta Alexandre.

            - Il ne respirait plus quand nous sommes arrivés. Paix à son âme. Vous paierez pour ce crime.

            - Mais je ne l’ai pas tué !

            - Qui, alors ? Tes deux amies ?

            - Où sont-elles ?

            - Dans notre second chariot. Notre commandant voulait que tu restes seul pendant le voyage. A mon avis, tu as du souci à te faire.

            - Le voyage ? Où allons-nous ?

            Alexandre avait un don pour amener n’importe qui à répondre à ses questions. Et le sergent s’y était laissé prendre, oubliant complètement qu’au départ, c’était lui qui menait l’interrogatoire.

            - Dans notre camp, à Hözel. Mais tu ne dois pas le savoir et... mais c’est pas vrai ! Ferme-la !

            Le Prince décida de profiter de son avantage.

            - Votre commandant risque de ne pas être content d’apprendre que votre langue est plus rapide que votre cervelle, observa-t-il. A sa place, j’arracherais l’une des deux.

            Le sergent blêmit. C’était probablement un homme simple.

            - Si tu lui en parles, tu le regretteras !

            - Possible, mais vous aussi. Cela dit, vous pouvez aussi me laisser filer. La porte pourrait avoir été mal fermée...

            - Je pense que le commandant tient beaucoup trop à toi pour me pardonner ton évasion. Alors n’y pense pas et reste tranquille jusqu’à l’arrivée.

            Alexandre se laissa retomber au fond du chariot. Il tenta de se rassurer en se disant que le chef de ces militaires le reconnaîtrait forcément, mais il ne pouvait s’empêcher de penser qu’un nouvel ennemi venait de se manifester et que les soldats qui l’escortaient n’étaient pas du tout des membres de l’armée royale.

            Il réfléchit à un moyen de se tirer de cette situation pour le moins inquiétante. Il n’avait pas d’arme. Tarlaq et ses compagnons ne savaient pas où le trouver. Dario avait peut-être tenté de le contacter, mais un importun tentait de le piéger dans le monde des rêves et il n’était pas question pour le Prince de s’y aventurer. Ca faisait beaucoup de problèmes à régler.

            En plus de cela, sa mémoire lui revenait peu à peu. Il était presque sûr que Greta était une ennemie, qu’elle avait tenté de le forcer à se défaire des Bracelets. Il ne se souvenait d’ailleurs plus comment il lui avait échappé. Il se rappelait vaguement que Lida était intervenue, et c’était peut-être elle qui l’avait sauvé... Oui, cela semblait plausible. Mais il aurait tout loisir d’y repenser plus tard.

            Pour l’instant, il devait s’évader. L’idéal aurait été de crocheter la serrure de la porte et de détaler le plus vite possible, mais Alexandre ne pensait pas avoir sur lui quoi que se soit pour y parvenir. Il contempla les Bracelets d’Arzhan à ses poignets. Ces trucs n’avaient décidément aucune utilité ! Alexandre avait du mal à croire que des magiciens aient pu devenir immensément puissants grâce à eux ! Machinalement, il fouilla dans ses poches et ses doigts se refermèrent sur un petit objet cylindrique. Le Prince, intrigué, l’examina, et reconnut, stupéfait, le sifflet de Namâric.

            Pendant une seconde, l’esprit rationnel d’Alexandre envisagea la possibilité de l’existence de la Chance. Mais rapidement, il se tourna à nouveau vers le concret. Le Prince s’approcha de la fenêtre et souffla dans l’appeau. Il ne se passa rien. "Evidemment, c’aurait été trop beau" se dit Alexandre en se laissant tomber sur le plancher. Il se morfondait depuis quelques minutes, lorsqu’une petite forme sombre se faufila par l’ouverture et atterrit devant le Prince.

            Alexandre prit l’oiseau entre ses mains et l’observa un instant. Le volatile était couvert d’un épais plumage brun. Une crête rouge courait de sa tête au bout se sa queue. Son bec et ses serres ne cessaient de cliqueter, comme pour manifester de l’impatience.

            - Puis-je te confier un message ? demanda timidement le Prince.

            - Bien sûr que tu peux ! s’exclama le petit oiseau d’une voix nasillarde. A quoi crois-tu que je serve ? A cirer les chaussures ?!

            - Mais ? Tu parles ? Tu ne te contentes pas de répéter ce qu’on te dit ?

            - Pour qui me prends-tu ? Pour une machine stupide ? Et sois gentil de me vouvoyer ! Un peu de respect pour tes aînés !

            - Mes aînés ? s’étonna Alexandre.

            - Evidemment ! Je suis bien plus âgé que toi, gamin !

            - Je croyais que les oiseaux ne vivaient que quelques années...

            - On n’a pas toute la journée ! Tu me le confies ou pas, ton message ?

            - Tu saurais retrouver Namâric ?

            - Bien sûr que je saurais ! C’est quand même lui que j’étais sensé suivre ! Mais comme je suis discret, je ne te demanderai pas comment tu t’es procuré son appeau.

            Le Prince sourit. Cette bestiole lui plaisait. Bon, il fallait qu’il élabore un plan d’évasion à envoyer à ses amis. Incapables comme ils l’étaient, ils ne pourraient jamais le sortir de ce chariot s’il ne leur donnait pas un coup de pouce. Mais après tout, pourquoi chercher à s’enfuir quand l’ennemi décidait de se montrer ? Il fallait au contraire en tirer parti !

            Et Alexandre commença à dicter.

Publié dans histoiresdefarlo

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