Chapitre 12 : Acier et magie

Publié le par KaiM

 

Il n’eut cependant pas à prendre de décision. En un éclair, Draxor pivota en dégainant son sabre et l’abattit sur le reptile. La bête retomba, coupée en deux.

            - Tu aurais pu me prévenir ! aboya-t-il à l’adresse d’Alexandre. Heureusement que j’ai pu lire à temps dans ton regard !

            Le guerrier scruta les alentours à travers son masque, et se raidit soudain.

            - Ne bouge plus, souffla-t-il.

            Le Prince allait rétorquer qu’il aurait du mal à le faire, compte tenu des liens qui immobilisaient ses membres, quand trois hommes surgirent de derrière les buissons, encerclant le campement. Chacun d’eux portait une épaisse cotte de maille, un long cimeterre et un large bouclier de bois. Alexandre reconnut en eux les mercenaires qui protégeaient la caravane d’Irno Vorgen. Exactement au même instant, les trois guerriers se jetèrent sur Draxor. Le Paladin esquiva un coup, para les deux autres et contre-attaqua. Rapidement, il s’avéra que Tarlaq avait vu juste : les mercenaires étaient des combattants aguerris, habitués à lutter de concert. Ils accablaient leur adversaire sans lui laisser de répit, formant autour de lui un cercle étroit sans aucune ouverture. Le masque de Draxor empêchait Alexandre de voir son visage, mais le Prince avait la conviction que le Paladin ne contrait les assauts qu’avec une grande difficulté. Le guerrier semblait fatiguer, et chaque attaque le faisait vaciller. Soudain, d’un coup de pied, il écarta l’un de ses adversaires, plongea sur le côté pour éviter les lames des deux autres et se rattrapa en effectuant une roue au terme de laquelle sa main se referma sur sa hache.

            - Maintenant on peut commencer, ricana-t-il. Je vais ouvrir vos ventres, répandre vos entrailles autour de vos cadavres et bouffer vos cœurs encore fumants. Qui y passe le premier ?

            Sans un mot, les mercenaires repartirent à l’attaque. Mais Draxor maniait désormais une arme dans chaque main, et se trouvait d’autant plus redoutable. Les boucliers ne tardèrent pas à voler en éclats, puis le Paladin, d’un revers de sa hache, ouvrit une profonde blessure dans le ventre d’un de ses adversaires. Mais au lieu de s’effondrer, l’homme explosa dans une gerbe de flammes, jetant les combattants à terre. L’un des deux mercenaires se releva aussitôt et bondit sur Draxor en abattant son cimeterre. Le Paladin roula sur lui-même et la lame s’enfonça dans le sol. Puis, sans laisser à son adversaire de temps de dégager son arme, Draxor fit tournoyer son sabre et après une nouvelle détonation, le Paladin put faire face à son dernier assaillant. Sans hésiter, le mercenaire s’élança, l’arme haute. De sa hache, Draxor bloqua la lame du cimeterre et, dans le même temps, enfonça son sabre dans la chair de son agresseur, puis se jeta en arrière pour échapper à une troisième explosion.

            Le Paladin se redressa et remarqua immédiatement un quatrième mercenaire qui chargeait vers lui, monté sur un cheval noir. Draxor attendit le choc puis, au dernier moment, bondit sur le côté en abattant sa hache sur les jarrets de la bête. Le cheval chuta et son cavalier fut jeté au sol. Draxor se précipita sur lui, leva son sabre pour le coup final...

            Et un puissant jet de flammes le cueillit en plein élan. Le Paladin fut projeté plusieurs mètres plus loin, profondément brûlé, et fut agité de quelques soubresauts avant de s’immobiliser définitivement.

            Alexandre se demandait ce qu’il allait bien pouvoir faire, lorsque Greta parut, le visage impassible, suivie de sa petite protégée. Une fumée épaisse s’échappait de la main de la vieille femme.

            Lida tira un couteau et vint trancher les liens qui entravaient le Prince.

            - Merci, articula Alexandre, qui ne comprenait rien à ce qui venait de se passer.

            Greta éclata soudain de rage.

            - Toi ! aboya-t-elle. Tu n’aurais pas pu rester avec la caravane ?! Tu as une idée du mal qu’on a eu à te retrouver ?! Tu te rends compte que tu aurais pu te faire tuer?!

            Alexandre, qui ne s’attendait pas à un tel accès de colère, fut tout d’abord surpris puis s’emporta à son tour.

            - Et je pourrais savoir pourquoi vous teniez tant à me revoir ?! pourquoi vos mercenaires partent en fumée quand on les tue ?! pourquoi vous expédiez des boules de feu à vos ennemis ?!

            Lida fit un léger signe de tête à sa grand-mère adoptive, qui se calma aussitôt.

            - Non, tu ne peux pas, grommela la vieille femme avant d’aller apporter son aide au mercenaire qui se relevait péniblement.

            Alexandre se tourna vers Lida.

            - Cette femme ne te semble jamais un peu bizarre ? lui demanda-t-il

            La fillette resta silencieuse.

            - C’est vrai, se rappela le Prince, tu es sourde et muette...

            Greta revint vers eux, soutenant le mercenaire.

            - Que va-t-on faire maintenant ? s’inquiéta Alexandre.

            - Toi, pas grand-chose, répondit la vieille femme en plantant son regard dans celui du Prince.

            Alexandre se sentit aussitôt cloué sur place par une force irrésistible. Il ne pouvait plus faire le moindre mouvement. Ses yeux restaient fixés sur ceux de Greta. Soudain, le Prince fut envahi par une immense douleur. Il avait l’impression qu’on lui enfonçait d’innombrables aiguilles dans la peau, qu’on le brûlait vif et qu’on l’écartelait à la fois. Sa vue se brouilla. La souffrance était insupportable mais il n’arrivait pas à s’évanouir. Il n’avait plus qu’un souhait : que tout s’arrête enfin. Une voix résonna dans sa tête. "Enlève tes bracelets". Aussitôt, les bras d’Alexandre furent libérés. "Enlève tes bracelets". Il n’avait qu’à retirer les deux bijoux pour faire cesser la douleur, il le savait. "Enlève tes bracelets". Le Prince allait céder à l’injonction lorsque sa lucidité revint. Il voyait à nouveau le visage dur de Greta face à lui. "Enlève tes bracelets". Il comprit que c’était la vieille femme qui s’en prenait à lui. "Enlève tes bracelets". Alexandre remarqua la branche d’arbre posée à côté de lui. Profitant de la liberté de ses mains, il la saisit et la lança de toutes ses forces sur Greta. Mais le projectile s’immobilisa en plein vol et retomba mollement.

            Comprenant qu’il était victime d’un sort magique contre lequel la force ne pouvait rien, le Prince décida de résister à la souffrance. En se concentrant, il perçut le duel qui se déroulait dans les esprits. Greta avait établi un contact spirituel semblable à celui créé par Dario la nuit précédente, et tentait d’influencer l’âme de sa victime. Alexandre comprit que la douleur n’était qu’une illusion, et sentit monter en lui une haine immense qu’il dirigea contre la vieille femme. Celle-ci grimaça, mais tint bon. La souffrance du Prince s’était cependant atténuée. Il redoubla d’efforts, et Greta commença à tituber. Il sentit alors l’esprit de Lida se joindre à celui de sa grand-mère et la douleur irradia de plus belle. La voix s’éleva à nouveau. "Enlève tes bracelets".

            Alexandre se sentait écrasé par les forces de ses deux opposantes. Soudain, il ressentit une grande chaleur dans ses poignets et son esprit plongea dans les Bracelets d’Arzhan. Il y vit une immense lumière qui brillait derrière ce qui semblait être un mur de verre. Sans comprendre ce qu’il faisait, il détourna sa volonté de ses adversaires et la lança contre la barrière, qui se brisa aussitôt. Le Prince fut submergé par une vague d’énergie et se lança à l’assaut des âmes de ses adversaires. L’air se troubla autour des combattants. Les rides de Greta se creusaient. Un filet de sang s’écoulait de la bouche de Lida. Le mercenaire se convulsait au sol. Alexandre sentait que sa tête était sur le point d’éclater, mais continuait à lutter...

            Lorsque le mercenaire explosa, tous s’écroulèrent, sans connaissance.

Publié dans histoiresdefarlo

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