Chapitre 11 : Les plans de Lord Draxor

Publié le par KaiM

 

Le Prince et les trois guerriers sursautèrent puis brandirent leurs armes, prêts à combattre...

            Et Namâric éclata de rire.

            - Formidable ! Si vous aviez pu voir vos têtes !

            Alexandre, encore méfiant, fixa le Paladin pendant quelques secondes, puis se détendit pendant que l’hilarité générale gagnait ses compagnons.

            Namâric reprit son souffle, puis s’adressa au Prince.

            - Il vaut mieux que je vous raconte l’histoire depuis le début, moi aussi. Notre monde est vieux de presque dix mille ans. Pendant ces cent siècles, un nombre considérable de mages, de prêtres et de sorciers a tenté de s’en rendre maître par le biais de démons, de religions, et d’objets de Pouvoir. Heureusement, aucun d’entre eux n’y est jamais parvenu. Mais ils ont laissé derrière eux un grand nombre de reliques, telles que les Bracelets d’Arzhan. L’Ordre des Paladins Noirs a été créé, au moins en partie, dans le but de récupérer ces artefacts et, selon la menace qu’ils représentent, de les détruire ou de les conserver à l’abri. Il existe donc dans notre citadelle de commandement un service immense chargé de retrouver la trace du moindre de ces objets, en analysant méthodiquement les légendes, les généalogies, les rapports, autrement dit une masse énorme d’archives de toutes sortes. Récemment, l’un d’entre nous, Olaf, a reconstitué l’essentiel de l’histoire des Bracelets d’Arzhan. Mais au lieu de laisser le haut commandement statuer sur cette affaire, il a décidé d’agir seul et s’est enfui après avoir brûlé tous les résultats de ses recherches.

            - C’est lui ? intervint Hustouk en désignant le guerrier en armure noire, toujours inanimé.

            - C’est lui, confirma Namâric. Par chance, Olaf n’avait pas pensé à détruire le registre de la bibliothèque, où figuraient tous les documents qu’il avait consultés. En mobilisant tous les chercheurs disponibles, nous avons reconstitué ses travaux et deviné sa destination. Et comme Jorund et moi étions déjà sur place, nous sommes arrivés à vos côtés avant Olaf, qui devait parcourir toute la distance qui sépare notre citadelle de Dümra.

            - Votre citadelle est si loin d’ici ? questionna Alexandre.

            - Ne comptez pas sur moi pour vous le dire, répondit Namâric.

            Il contempla le corps de Draxor avant de reprendre.

            - J’ai aussi été choisi pour cette mission car Olaf est un de mes anciens rivaux, et mes supérieurs savaient que par conséquent je n’hésiterais pas à le tuer le moment venu, à la différence de ses anciens amis.

            - Il y a quand même quelque chose qui cloche, remarqua Tarlaq. Après tant d’efforts, ce Paladin a lancé une attaque vraiment simpliste. Il n’avait aucune chance de l’emporter, alors pourquoi a-t-il agi ainsi ?

            - Olaf a toujours compté sur ses muscles plus que sur son cerveau, expliqua Namâric. Il devait se croire assez fort pour nous vaincre tous.

            - Et pourquoi a-t-il trahi les Paladins Noirs s’il partageait les mêmes objectifs ? demanda Vladek.

            - Désolé, mais la réponse à cette question attendra ! s’exclama Draxor en se relevant d’un bond.

            Les quatre guerriers levèrent leurs épées, mais leur adversaire n’avait pas l’intention de se battre. Il jeta au sol une fiole de verre renfermant un liquide bleu. Le récipient se brisa et un nuage de fumée se répandit dans l’air.

            A l’exception de Draxor, protégé par son masque, tous s’endormirent dans l’instant.

 

 

            En émergeant d’un sommeil sans rêves, Alexandre sentit, avant même d’ouvrir les yeux, qu’il était assis adossé à un arbre, et que ses poignets comme ses chevilles étaient solidement attachés. Il tendit l’oreille dans l’espoir de capter un quelconque indice quant au lieu où il se trouvait, supposant que, puisqu’il n’était pas encore mort, il ne risquait rien tant que ses paupières restaient closes. Il n’eut cependant pas le loisir d’entendre quoi que se soit, car une voix forte s’éleva immédiatement.

            - Lève-toi ! Je sais que tu es réveillé !

            Le Prince ouvrit les yeux et découvrit Draxor debout devant lui. Sa curiosité naturelle prit aussitôt le dessus.

            - Comment l’avez-vous su ?

            - Mon masque me confère bien des pouvoirs, dont certains me permettent de sonder l’esprit des autres, répondit le guerrier.

            - Et où vous l’êtes-vous procuré ?

            - Dans les... Ce n’est pas ton problème ! s’emporta Draxor. A ta place je me préoccuperais avant tout de ce qui m’arrive ! Tu n’as pas idée de la gravité de la situation !

            Alexandre prit soudain conscience qu’il était prisonnier du guerrier, et observa les environs. Le terrain était parsemé de buissons épais. Quelques chênes s’élevaient ici et là. Le Prince devait avoir dormi longtemps, car le Soleil était bas sur l’horizon. Presque malgré lui, il remarqua une branche morte apparemment solide qui traînait près de lui, et qui aurait fait une arme efficace, au cas où...

            - Bon, alors dites-moi tout, demanda-t-il finalement. Pourquoi avez-vous devancé votre Ordre ? Pourquoi nous avez-vous attaqués de cette manière ? Et surtout, que voulez-vous ?

            - Tout cela ne te concerne pas vraiment...

            - Au contraire, je suis en plein dedans !

            - ...mais au cas où les choses tourneraient mal, il vaut mieux que tu saches ce qui se passe, poursuivit le guerrier sans tenir compte de l’interruption. Si j’ai choisi d’agir seul, c’est que les Paladins, en constatant que tu ne pouvais te servir des Bracelets, auraient jugé qu’ils n’avaient plus aucun pouvoir et classé aussitôt l’affaire. Mais moi, je sais que ces objets possèdent encore toute leur puissance, et qu’ils représentent une menace, c’est pourquoi je suis intervenu. Voilà qui répond à ta première question.

            - Pourquoi n’avoir pas simplement signalé à votre Ordre que vous saviez que les Bracelets étaient toujours utilisables ?

            - Parce qu’ils ne m’auraient pas cru. La plupart du temps, les artefacts dont nous retrouvons la trace n’ont réellement aucun pouvoir. Mais les résultats de mes recherches sont formels : Arzhan et ses successeurs ont disposé d’une puissance phénoménale, et les Bracelets ont toujours été transmis de plein gré. Simplement, ta famille et toi ne savez pas vous en servir.

            - Cela, nous le savions déjà, remarqua Alexandre.

            - Les Paladins, eux, n’auraient pas tardé à conclure que plus personne ne pouvait les utiliser. Ils ont déjà trop à faire pour s’encombrer des intuitions de chacun de leurs chercheurs. Pour répondre à ta deuxième question, sache que j’ai tout d’abord tenté de te tuer pour retirer leur pouvoir aux bracelets. C’est dans ce but que j’ai engagé une meute de Wolks.

            - L’attaque dans la vallée, c’était vous ! Espèce de... Mais pourquoi ne pas m’avoir supprimé de manière sûre, en m’abattant de loin avec un arc, par exemple ?

            - Le fait que j’aie cherché à te faire assassiner ne semble pas t’émouvoir outre mesure.

            - Ce qui est fait est fait. De plus il semble que vous ne cherchiez plus à me tuer désormais, je n’ai donc pas à m’inquiéter. Mais répondez à ma question.

            - Je ne voulais pas que l’on comprenne que c’était toi qui étais visé. L’Ordre m’aurait immédiatement reconnu derrière un meurtre en règle, et m’aurait pourchassé impitoyablement, par vengeance. Tandis qu’une attaque de bêtes sauvages, c’est un accident...

            - Vous dites vouloir supprimer une menace pour le monde, et vous pensez avant tout à sauver votre peau...

            - Si je veux protéger ce monde, c’est surtout pour y vivre, répliqua Draxor. Je ne vais pas me faire tuer pour plus de sûreté.

            - Je suis écrasé par cet altruisme...

            - Je m’en doute. Quoi qu’il en soit, les Wolks ont échoué. Je me préparais à organiser un second "accident" lorsqu’un événement imprévu s’est produit : un Zahr a tenté de te dérober les Bracelets.

            - Comment le savez-vous ?

            - Je te suivais, à Fodam. Lorsque tu es sorti de la maison, je suis allé voir ce qui s’y était passé, et devant l’Assermenteur, le plateau de jeu et le corps du Zahr, j’ai facilement compris. Tu avais donc un nouvel ennemi, qui connaissait l’existence des Bracelets, et qu’il me fallait donc éliminer. Je sais ce que tu vas me dire : qu’il suffisait de te supprimer pour régler le problème. Mais voilà : quelqu’un qui s’intéresse aux Bracelets d’Arzhan peut très bien avoir des vues sur d’autres objets de pouvoir. Le priver de l’un d’eux ne sert à rien, il faut l’exterminer. Et puisque c’était à toi que cet ennemi s’intéressait, il me fallait t’enlever. Malheureusement, vous avez été trop prompts à quitter la caravane, et j’ai dû improviser lorsque je vous ai retrouvé.

            - Vous avez failli vous faire tuer...

            - Je sais. Je ne pensais pas que Namâric était aussi fort. J’avais néanmoins prévu une fiole de Durionne, au cas où l’opération s’avérerait plus ardue que prévue. Et j’ai eu raison...

            - Vous avez tué les autres ? questionna le Prince.

            - Non. Cela n’avait pas d’intérêt. Ils ne peuvent pas nous retrouver.

            - Et maintenant ?

            - Maintenant, déclara Draxor, tu vas me servir d’appât pour attirer notre ennemi. Ensuite je le tuerai, puis tu auras le choix entre me remettre les Bracelets ou mourir.

            Alexandre resta silencieux, se demandant s’il devait ou non signaler au guerrier qu’un long serpent s’était silencieusement glissé derrière lui, et s’était maintenant dressé, prêt à mordre...

Publié dans histoiresdefarlo

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