Chapitre 10 : Révélations

Publié le par KaiM

 

En observant le duel, Alexandre comprit que Namâric n’avait pas été sérieux durant leur combat dans la forêt. Le Paladin était à présent bien plus rapide et agressif que la nuit précédente. Mais son adversaire ne déméritait pas non plus. Les coups pleuvaient si vite que le Prince pouvait à peine les suivre, mais les deux combattants, eux, parvenaient toujours à les contrer. Tarlaq, Vladek et Hustouk, trop impressionnés pour intervenir, admiraient les talents des deux duellistes.

Soudain, d’un coup de genou, Namâric fit voler la hache de son adversaire près du cheval d’Alexandre. Draxor, comprenant qu’il n’avait pas le temps de dégainer son sabre, se précipita sur le Prince, mais Tarlaq lui barra la route. Le guerrier étourdit le baron d’un coup de poing au visage et l’empoigna par le cou.

-         Plus un geste ! ordonna Draxor. Ou je lui brise la nuque !

Tarlaq tenta de se dégager, mais son ennemi avait une poigne de fer. Namâric s’approcha calmement.

-         Ecoute, Olaf. Comme à ton habitude, tu as monté un plan minable qui a lamentablement échoué. Alors ne t’enfonce pas davantage et laisse-moi en finir.

Lord Draxor étudia la situation. Il était vrai que tout ne se déroulait pas comme il l’aurait souhaité. Il avait perdu l’avantage de la surprise. Hustouk avait armé son arbalète et la braquait vers lui. Vladek se tenait prêt à intervenir. Tarlaq n’attendait qu’un instant de relâchement pour se libérer. En plus, Namâric était plus fort que prévu. Mais le guerrier savait que, l’arme à la main, il avait sa chance.

Draxor jeta son otage au sol et bondit sur Hustouk. L’Ork, surpris, n’eut pas le temps de tirer, et les pieds de son adversaire le percutèrent en pleine poitrine. Avant même qu’Hustouk n’ait touché terre, Draxor l’utilisa comme un tremplin et se propulsa avec force. Il exécuta un saut périlleux qui l’amena devant Vladek, roula dans la neige pour échapper au coup que lui portait le capitaine et tendit la main vers sa hache. Au moment où il se saisit de l’arme, Namâric en immobilisa le fer sous son talon. Sans hésiter, Draxor tira sur la poignée, qui se sépara du manche : le bois était en fait creux et dissimulait une fine lame d’acier ! Le guerrier fouetta l’air, obligeant le Paladin à s’éloigner, puis se redressa et dégaina son sabre.

Ensuite tout se passa très vite. Draxor et Namâric s’élevèrent en même temps dans les airs, il y eut une série de chocs métalliques, et les deux combattants retombèrent lourdement. Namâric se releva le premier et constata que son adversaire était inconscient. Il leva son épée, prêt à achever sa victime...

-         Non ! s’écria Alexandre. Vous ne pouvez pas le tuer ainsi ! Nous l’avons capturé, nous devons le laisser en vie !

-         Cela ne concerne que mon Ordre, affirma le Paladin.

Et il abattit son arme.

La lame était à mi-chemin du cou de Draxor lorsqu’elle fut arrêtée par celle de Tarlaq.

-         Les volontés du Prince ne sont pas contestables, Paladin, déclara le baron. Ne gâchons pas notre amitié pour un nouveau conflit d’autorité.

-         Cette affaire ne concerne que mon Ordre, répéta Namâric.

-         Visiblement, ce n’est pas du tout le cas, dit Alexandre en descendant de cheval. Cet homme nous a attaqués, donc nous aussi sommes concernés. Alors puisque vous semblez connaître notre agresseur, vous allez nous expliquer qui il est et en quoi consiste exactement votre mission.

-         Il me semble vous avoir déjà fait part de mes conditions à ce sujet...

-         S’il ne peut en être autrement...

Le Prince défit les lacets qui enserraient ses poignets et releva ses manches, révélant deux bracelets d’argent incrustés de pierres rouges.

- Ces objets, expliqua-t-il, sont appelés les Bracelets d’Arzhan, du nom du mage qui les créa il y a maintenant plusieurs millénaires. Nul ne sait aujourd’hui comment ils ont été conçus, mais la légende prétend qu’ils procurent des pouvoirs immenses à celui qui sait les manier. Malheureusement, personne n’a la moindre idée de la façon dont fonctionnent ces bracelets.

            - Pourquoi les conserver, alors ? questionna Tarlaq.

            - J’y viendrai. Il apparaît que le mage Arzhan, pour éviter que ses créations ne tombent en des mains ennemies, avait mis en place une protection. Comme vous pouvez le constater, ces bijoux ne possèdent aucun mécanisme de fermeture, et sont trop étroits pour passer autour de la main de leur porteur. Seul celui-ci peut, par sa volonté, faire varier la taille des Bracelets afin de les retirer. Ainsi Arzhan était sûr qu’on ne les lui déroberait pas dans son sommeil, mais qu’il pourrait cependant les ôter pour les transmettre à son successeur.

            - Et si on lui avait coupé la main ? demanda Vladek.

            - Impossible. La seconde partie de la protection est conçue de manière à retirer tous leurs pouvoirs aux Bracelets si d’aventure leur porteur est tué ou perd une partie de son bras. Arzhan s’assurait de cette façon que personne ne prendrait ses bijoux de force, ou qu’au moins s’il mourait sans les avoir transmis, personne ne pourrait jamais les utiliser.

            - Et que font de tels objets aux mains du Prince du Dümra ? interrogea le baron.

            - C’est une longue histoire que nous avons mis bien du temps à reconstituer dans le détail. En résumé, Arzhan a offert les Bracelets à l’un de ses disciples peu avant sa mort, puis ils se sont transmis de génération en génération, au gré des alliances et des trahisons qui ont souvent fait changer de camp leur propriétaire, jusqu’à parvenir il y a trois siècles aux mains de la famille royale de Dümra. Nous pensons que jamais le porteur n’a été tué ou mutilé, de sorte que les Bracelets renferment probablement encore leur pouvoir, mais la science de leur usage s’est perdue, et depuis bien longtemps déjà nous n’arrivons plus qu’à modifier leur taille au moment de les transmettre. Mais malgré cela nous conservons ces objets en secret, car il n’est pas impossible que quelqu’un maîtrise encore leur emploi. C’est d’ailleurs cette crainte qui a poussé mon père à me les confier pour les ramener en sécurité à Dümrist : il soupçonne que certains de ses ennemis ont appris l’existence des Bracelets et leur présence au sein de notre famille.

            - Pourquoi s’inquiète-t-il ? s’enquit Vladek. On ne pouvait pas les lui prendre, non ?

            - Il vaut mieux ne pas prendre de risques inutiles. La magie a atteint dans l’art de la manipulation des sommets que l’on ne soupçonnait pas à l’époque d’Arzhan. Un esprit faible comme mon père pourrait être contraint de remettre les Bracelets.

            - Le roi, un esprit faible ? s’étonna Hustouk.

            - En tout cas, plus faible que le mien. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai réussi à me faire confier cette mission.

            - Un Prince qui manipule son père à douze ans, railla Tarlaq. Ca promet pour la suite de son règne !

            - J’ai organisé cette mission dans le plus grand secret, reprit Alexandre, mais apparemment cela n’a pas suffi à la dissimuler.

            - L’attaque des Wolks n’avait pas forcément pour but de vous dérober ces Bracelets, nota Vladek. D’ailleurs ils ont essayé de vous tuer !

            - Je ne parle pas des Wolks, mais du piège que l’on m’a tendu à Fodam. Un mercenaire Zahr a tenté de s’emparer de mes bracelets à l’aide d’une urne qui m’empêchait de refuser de les lui donner, s’il gagnait à un jeu.

            - Et vous avez accepté ?

            - Et vous avez battu un Zahr au jeu ?

            - Vladek, le Prince était sous ta responsabilité et tu l’as laissé seul?

            Alexandre leva la main pour faire taire ses compagnons.

            - J’ai accepté car il me promettait, si je gagnais, de me révéler qui avait commandité l’attaque des Wolks, et c’était une information précieuse. Et non, je ne l’ai pas battu.

            - Et comment vous en êtes-vous tiré, alors? demanda Tarlaq.

            - Là n’est pas la question. Je l’ai mis hors d’état de nuire, c’est tout.

            Le Prince se tourna vers Namâric.

            - Vous savez tout, désormais. Alors à votre tour de nous révéler ce que nous ignorons.

            - J’ai retenu trois choses, déclara le Paladin. Premièrement, c’est vous et non votre père qui avez décidé de vous utiliser comme leurre pour faire sortir les Bracelets de la zone des combats. Deuxièmement, vous avez des ennemis très puissants, en tout cas suffisamment pour faire appel à un Zahr, mais qui ne souhaitent pas votre mort puisqu’ils y perdraient les Bracelets. Troisièmement, vous ne pouvez pas utiliser la magie de ces objets, et il est probable que personne ne le puisse.

            - Tout cela est exact, répondit Alexandre, mais vous, quelle est votre mission ?

            - Je sais désormais tout ce que je voulais apprendre de vous, dit le Paladin en portant la main à son épée. Vous ne m’êtes donc plus d’aucune utilité. Préparez-vous à mourir.

Publié dans histoiresdefarlo

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