Chapitre 6 : La mission du Paladin

Publié le par KaiM

 

Moins d’une heure plus tard, alors que tous sommeillaient à l’exception des quelques gardes de veille, Alexandre se leva. Il attacha dans son dos les fourreaux de ses glaives, se munit d’une corde, fit un nœud coulant à son extrémité et se dirigea vers le chariot d’Irno Vorgen, dans lequel il comptait bien s’introduire. Un garde surveillait la seule porte, mais le Prince avait trouvé un autre moyen d’entrer. Se plaçant du côté opposé à celui surveillé par le mercenaire, Alexandre lança sa corde, et le nœud se referma sur la tête d’une des statues de bois qui ornaient le toit du véhicule . Le Prince allait commencer l’ascension, lorsqu’il fut témoin d’un événement insolite : Namâric s’était levé et se dirigeait vers la forêt. Alexandre hésita un instant, puis se résolut à suivre le Paladin Noir.

Le guerrier s’enfonça dans le bois et parcourut un peu moins de cent mètres avant de s’arrêter. Alexandre s’immobilisa immédiatement derrière un arbre. Namâric tira de sa poche un petit sifflet, le porta à ses lèvres et souffla dedans. L’objet n’émit aucun bruit, mais un petit oiseau vint se poser sur l’épaule du Paladin qui lui chuchota quelques mots à l’oreille. Apparemment satisfaite, la créature prit son envol et disparut. Alexandre décida d’entrer en scène.

-         Paladin ! appela-t-il en quittant son abri. Que faites-vous ici ?

Namâric fit volte-face en dégainant son épée, puis reconnut le Prince et abaissa son arme.

-         J’ai pour habitude de me promener seul la nuit, répondit-il.

-         Et bien sûr, vous aimez aussi à parler aux oiseaux ?

-         C’est exact.

-         Je crois plutôt que vous venez d’envoyer un message, déclara Alexandre.

Le Paladin estima ses chances de parvenir à s’expliquer, puis décida de ne pas s’enliser et rengaina son épée.

-         Vous avez raison, dit-il finalement. Je fais mon rapport à mon Ordre.

-         Votre Ordre a-t-il besoin de savoir que tout se déroule très bien et que votre mission sera bientôt achevée ?

-         Mon Ordre doit recevoir mon rapport chaque jour. Et cet oiseau, qui imite parfaitement la voix de celui qui lui parle, est la garantie que c’est bien moi qui l’ait dicté.

-         Qu’est-ce que votre mission a de si important ? s’étonna Alexandre. Il ne s’agit pourtant que de me protéger.

-         Je suis tenu de rendre compte de mes faits et gestes et de ceux de mes compagnons. Il en est de même pour tous les Paladins Noirs.

-         Non, c’est faux, répliqua le Prince. Je connais suffisamment l’Ordre pour savoir que ce procédé est réservé aux missions les plus importantes. Vous êtes trop nombreux, on ne pourrait pas entendre chaque jour tous les rapports. Je répète donc ma question : qu’y a-t-il de si important dans votre mission ?

-         La vôtre, déclara Namâric.

Il y eut un long silence.

-         En quoi consiste votre mission ? demanda finalement Alexandre.

-         Premièrement, à apprendre ce que je ne sais pas de la vôtre. Vous saurez le reste lorsque cette première condition sera remplie.

-         C’est du bluff. Vous ne savez rien sur moi. Rien du tout.

-         Vous refusez donc de me parler de votre rôle ?

-         Absolument.

-         Dans ce cas nous sommes dans une impasse, conclut Namâric. Qu’allons-nous faire ?

-         Je pourrais vous faire arrêter par Tarlaq, proposa le Prince. Vous mettez notre voyage en péril en signalant notre position.

-         Ce ne serait pas très sage. Je ne vous veux aucun mal. Et en cas d’attaque, vous pourriez difficilement vous passer de moi.

-         Très bien. Mais remettez-moi votre sifflet, en gage de bonne foi. Vous ferez désormais vos rapports sous ma surveillance.

-         Cela me semble un bon arrangement, admit le Paladin en lançant son appeau au Prince, qui l’empocha. Nous rentrons ?

Alexandre acquiesça et ils prirent la direction du campement.

-         Comment vos supérieurs ont-ils pris la mort de Jorund ? demanda soudain le Prince.

-         Comme moi, répondit Namâric. Avec résolution. C’était un soldat, il a fait son devoir, c’est tout. On ne peut que le louer.

-         C’était votre ami ?

-         Oui.

-         Et vous ne regrettez pas sa mort ?

-         L’enseignement des Paladins Noirs est fait pour apprendre à refouler ses sentiments. C’est strict, mais efficace. On ne peut pas perdre de temps à pleurer les morts, seuls les vivants comptent.

Alexandre resta silencieux quelques instants. Le camp était proche désormais.

-         Dario me manque, avoua-t-il finalement.

-         Il a eu une mort honorable, rappela le Paladin. Vous ne pouvez pas laisser son souvenir vous tourmenter indéfiniment. Oubliez-le.

-         Vous ne comprenez pas ! s’exclama le Prince. Dario était plus que mon garde du corps ! C’était mon précepteur ! Mon confident ! Il comptait autant que mon père pour moi ! Peut-être même plus !

-         C’est lui qui vous a enseigné l’art du combat ?

-         Oui, pourquoi ?

               Sans prévenir, Namâric lança son pied vers la mâchoire d’Alexandre.

Publié dans histoiresdefarlo

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article