Chapitre 5 : La caravane d'Irno Vorgen

Publié le par KaiM

Dans le calme de sa chambre, Alexandre réfléchissait aux événements de la journée. Quelqu’un avait payé des Wolks pour le tuer, on voulait donc sa mort. Parallèlement, un Zahr avait tenté de s’emparer de ce qu’il transportait. Ce Zahr savait qu’il ne devait pas le tuer. Le Prince avait donc au moins deux ennemis aux intérêts contraires. Et ils étaient encore en état de lui nuire : celui qui avait engagé les Wolks pouvait toujours envoyer d’autres sbires, malgré ce que prétendait Tarlaq. Quant au Zahr, même s’il était désormais hors d’état de nuire – et Alexandre sourit à cette pensée – il avait forcément un maître. En effet les Zahrs qui s’aventuraient au-delà des frontières de leurs royaumes étaient tous des mercenaires et n’agissaient jamais pour leur propre compte. Le Prince se rappela que leurs tarifs étaient d’ordinaire exorbitants. Par conséquent, le Zahr n’avait pu être engagé que par un riche dirigeant… ou un ordre très puissant.

Alexandre se souvint alors du regard de Namâric. Un regard qu’il n’avait pas du tout apprécié. Il se pouvait très bien que les Paladins Noirs soient impliqués dans l’affaire. Il se pouvait très bien qu’il se fasse des idées, aussi. Quoi qu’il en soit, conclut le Prince, ses ennemis ne partageaient pas tous les mêmes objectifs, et c’était cela qui comptait. Il ne tenait qu’à lui de faire bon usage de cet élément.

Sur ce, il s’endormit.

 

            Pour une raison qui échappa à toute la suite d’Alexandre, qui s’attendait plus ou moins à une quelconque tentative d’assassinat, d’enlèvement, d’incendie, de massacre, ou pire encore, de réveil brutal par un seau d’eau glacé – Vladek avait gardé une âme d’enfant et restait un adepte de ces plaisanteries douteuses – la nuit s’écoula calmement. Si, bien sûr, on excepte l’abominable agression dont fut victime Tarlaq : au douzième coup de minuit, une créature monstrueuse surgit d’un placard et vint sucer le sang du baron. Ce dernier se réveilla en sursaut et écrasa sauvagement l’imprudent moustique.

Le lendemain, dans la matinée, le Prince et son escorte, pourvus de chevaux frais, rejoignirent la caravane qui s’apprêtait à partir. Alexandre put constater que le convoi était d’importance mineure, composé de dix chariots transportant des articles variés, protégés par une vingtaine d’hommes en armes. Cependant, le véhicule de tête, lui, était  impressionnant. Haut de trois étages, pourvu de nombreux balcons et fenêtres, tiré par six chevaux, finement décoré, c’était un véritable palais roulant. Le Prince ne fut pas surpris d’apprendre qu’il appartenait à Irno Vorgen, le plus riche des marchands présents et par conséquent le chef de la caravane. Vers dix heures, le convoi s’engagea sur la route de l’Ouest.

La journée fut tranquille. La caravane avançait lentement. La plaine enneigée s’étendait jusqu’à l’horizon. Il n’y avait rien en vue, hormis quelques forêts que les marchands contournaient prudemment. En fin d’après-midi, Alexandre aperçut des nuages venant du Sud.

-         Le temps va se couvrir, signala-t-il à Vladek. Serons-nous à Dümrist avant la neige ?

-         C’est peu probable, répondit le capitaine en regardant à l’horizon. Cette caravane est trop lente. Il nous faudra deux jours pour arriver à destination, et ces nuages seront sur nous dès cette nuit.

-         Sous la neige, nous n’aurons plus aucune visibilité, malgré le terrain découvert,  fit remarquer le Prince. Il sera plus facile de nous attaquer.

-         Je ne pense pas que nous courions un risque quelconque.

-         Je ne suis pas de cet avis, intervint Tarlaq.

-         Voilà encore votre énorme méfiance qui refait surface, Monseigneur, ricana Vladek. Détendez-vous, il n’y a rien d’alarmant à dix kilomètres à la ronde!

-         Certes, répliqua le baron, mais sous tes yeux, si!

-         Que voulez-vous dire ? s’inquiéta Alexandre.

Le baron vérifia que personne ne pouvait l’entendre hormis ses deux compagnons, puis reprit la parole.

-         Ces mercenaires ne me plaisent pas, expliqua-t-il. Il n’ont ni la démarche ni l’attitude d’une bande de gros bras. On dirait plutôt des combattants disciplinés et expérimentés.

-         C’est peut-être le cas, rétorqua Vladek. Ce sont peut-être simplement d’anciens militaires. Pourquoi ne pas le leur demander?

-         Parce que je ne veux pas qu’ils se doutent que j’ai des soupçons. J’ai un mauvais pressentiment.

-         Ne vous tourmentez pas tant, Monseigneur, conseilla le capitaine. Vous voyez des complots partout !

-         C’est vrai, admit Tarlaq. Cela m’arrive souvent quand j’en suis entouré.

Vladek cherchait une réplique cinglante, quand soudain Alexandre accéléra et rejoignit le chariot de tête. Tarlaq fut tout d’abord surpris, puis observa le véhicule et comprit ce qui avait intrigué le Prince : sur le balcon arrière du gigantesque chariot, la vieille Greta contemplait le paysage.

-         Que faites-vous ici? lui demanda Alexandre. Vous aviez bien dit que vous vouliez rejoindre votre famille, non?

-         C’est exact, répondit la vieille femme, et c’est toujours ce que je compte faire. Simplement, des affaires urgentes ont appelé ma nièce et son époux à Dümrist.

Aussi j’ai demandé à Irno de m’y conduire. C’est un vieil ami.

Lida parut alors sur le balcon. Elle regarda un instant le Prince, puis prit sa grand-mère adoptive par la manche et la mena à l’intérieur du véhicule. Tarlaq arriva au niveau d’Alexandre.

-         Ne me dites pas que vous voyez encore une machination ici... murmura le Prince.

-         Et bien, à vrai dire...

-         C’était un ordre, baron!

Au soir, la caravane fit halte à la lisière d’un petit bois de sapins. Les marchands disposèrent leurs chariots en cercle, et allumèrent un feu au centre. Les mercenaires mirent en place des tours de garde. Au repas, Alexandre s’étonna de ne pas voir Greta et Lida avec les autres. Il interrogea un marchand à ce sujet.

-         Les occupants du chariot d’Irno Vorgen ne sortent jamais entre deux étapes, expliqua le commerçant. De plus, personne ne peut y accéder. Les gardes ont pour consigne de ne laisser personne s’en approcher.

-         Un peu excentrique, votre chef, remarqua le Prince

-         C’est vrai, convint le marchand. Mais c’est un excellent homme d’affaires!

-         Je veux bien le croire, déclara Alexandre en se levant.

Le Prince s’éloigna des convives et rejoignit le chariot où il avait déposé ses affaires. Il sortit ses couvertures de leur sac et s’enveloppa dedans. Mais il n’avait pas l’intention de dormir.

Publié dans histoiresdefarlo

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