Chapitre 3 : Fodam, ville tranquille?

Publié le par KaiM

 

Le soleil se couchait, faisant prendre au ciel une teinte orangée, lorsqu’ Alexandre et son escorte arrivèrent en vue de Fodam.

-         Ce village s’est agrandi depuis mon dernier passage, remarqua Tarlaq.

En effet, Fodam avait tout d’une petite ville. Le nombre de maisons laissait supposer une population de plusieurs centaines d’habitants. Des demeures de plusieurs étages s’élevaient en un nombre conséquent parmi les chaumières. Des remparts de pierre protégeaient le cœur de la cité. Autour de la place centrale se dressaient de nombreuses échoppes, deux auberges, ainsi qu’une imposante caserne.

-         Qu’allez-vous faire, baron ? demanda Alexandre.

-         C’est très simple, Altesse. Votre escorte a été décimée, je vais demander au commandant de la garnison de me confier d’autres hommes. J’ai un ordre de mission signé de la main du roi, il ne pourra pas me refuser ce service.

-         Justement, je ne veux pas que vous fassiez cela, déclara le Prince. Si l’attaque des Wolks a bien été commanditée, nos ennemis doivent nous croire morts. Ce n’est pas le moment de nous faire reconnaître de tous !

-         Mais alors, que dois-je faire ? s’étonna le baron.

-         Demandez une escorte, mais si on vous la refuse, arrangez-vous autrement. Ne révélez sous aucun prétexte que je suis le Prince royal.

-         C’est d’accord. Mais restez à l’abri et ne vous éloignez pas de mes hommes, puisqu’ils seront les seuls à connaître votre importance.

-         Bien entendu.

Tarlaq s’éloigna du jeune garçon et rejoignit Vladek. A voix basse, il donna quelques consignes à son second :

-         Je ne vais pas pouvoir veiller sur le Prince pendant que je serai au fort. Et puisqu’il ne désire pas se faire connaître des gardes de Fodam, ce sera à toi de le protéger. Méfie-toi, ce garçon a son caractère. Il n’est pas impossible qu’il ne supporte pas de rester enfermé dans une auberge. S’il tente de nous fausser compagnie, arrange-toi pour être dans le coup.

-         A vos ordres, Monseigneur !

Après avoir franchi les contrôles, Tarlaq mena ses hommes sur la place. Quelques passant leurs jetèrent un coup d’œil distrait, mais, par ces temps de guerre, ils avaient tant l’habitude de voir passer des militaires dans la ville qu’ils ne s’attardèrent pas. Le baron mit pied à terre.

-         Je vais m’entretenir avec le commandant, déclara-t-il. Nous passerons la nuit dans la caserne ou dans une des auberges. Nous avons tous besoin de repos, donc, pour une fois, nous ne repartirons pas pendant la nuit. Camarades, vous avez quartier libre !

Tarlaq se rendit au fort. Hustouk entreprit de faire le tour des tavernes de la ville dans l’espoir d’y retrouver Tektus. Greta et Lida se tournèrent vers le Prince et s’inclinèrent.

-         Je m’en vais retrouver ma nièce, annonça la vieille femme. Merci de nous avoir aidées. Adieu.

Et elle s’éloigna avec la fillette.

Quelques instants plus tard, Alexandre et les soldats qui étaient restés avec lui s’installaient dans la salle commune de la principale auberge de la ville.

-         C’est ma tournée ! s’exclama Vladek en jetant une bourse sur la table.

Son geste fut salué par des remerciements enthousiastes. Les hommes commandèrent du vin. Une fois servis, ils burent par grandes gorgées. Namâric se contentait d’eau, tout comme Alexandre.

Vladek remarqua rapidement que le Prince ne tenait pas en place. Il se tortillait sur sa chaise, lançait des regards par les fenêtres, se levait parfois pour arpenter nerveusement la salle. Il désirait visiblement quitter l’auberge, malgré les recommandations de Tarlaq. Lorsqu’ Alexandre se dirigea vers l’arrière du bâtiment, le capitaine se leva à son tour après avoir assuré à Namâric « qu’il s’en occupait ».

Vladek rejoignit le Prince alors qu’il s’apprêtait à ouvrir une petite porte donnant sur la place.

-         Que comptez-vous faire, Votre Altesse ?

-         Je pense chercher un rémouleur, répondit Alexandre. Les lames de mes glaives se sont émoussées au cours de la bataille, je dois les faire aiguiser. Ensuite, je me contenterai d’un repas, d’un bain chaud et d’une bonne nuit de sommeil.

-         Vous devriez confier vos armes à l’un des hommes, cela vous épargnerait la tâche de trouver un artisan.

-         Je préfère m’en charger moi-même, assura le Prince. Vous n’êtes pas obligé de rester avec moi, capitaine. Je peux me débrouiller seul.

-         Je m’excuse, Votre Altesse, mais je ne pense pas que Tarlaq apprécierait que je vous laisse seul ne fût-ce qu’un instant. En fait je crois bien que si cela se produisait, il m’étriperait avant même de se lancer à votre recherche.

-         Ce serait sûrement très désagréable, admit Alexandre.

-         De plus, si je ne vous accompagne pas, Namâric s’en chargera, et vous risquez de le trouver beaucoup plus strict que moi. Il ne dépend pas de l’armée, et par conséquent n’a pas à vous obéir.

-         Très bien ! Venez ! Mais ne me ralentissez pas !

-         Aucun risque, gamin, ricana Vladek avant de pousser un hoquet, réalisant à qui il venait de parler.

-         Je ferai comme si je n’avais rien entendu, dit le Prince avec un léger sourire.

 

Alexandre trouva rapidement un atelier de remoulage dans la rue principale. Son propriétaire allait fermer boutique, mais, en échange d’une rémunération conséquente à l’heure tardive, il accepta de remettre les deux glaives en état. Le Prince se dirigea vers la place centrale. Il était à mi-chemin, lorsqu’il remarqua une ruelle sombre sur sa gauche, qui ne l’avait pas marqué la première fois qu’il avait parcouru la rue, mais qui lui semblait maintenant particulièrement intrigante. Il voulut proposer à Vladek d’aller voir de quoi il s’agissait, mais à sa grande surprise le capitaine avait disparu.  « Espérons qu’il exagérait au sujet de Tarlaq » pensa Alexandre. Et il s’engagea dans l’ombre de l’allée.

Les maisons n’avaient rien d’exceptionnel, et de plus tous leurs volets étaient fermés. Le Prince était sur le point de quitter les lieux, lorsqu’il aperçut une bâtisse qui, il ne savait pourquoi, l’attirait. Il en gagna le seuil, et chercha en vain une enseigne. Il allait frapper à la porte, lorsqu’il réalisa ce qui se passait : il était victime d’une magie attractive ! Ce genre de sort était habituellement utilisé par des commerçants qui manquaient de clients, ou dont l’échoppe était mal placée, afin de faire venir inconsciemment les passants. Sauf qu’ici, la maison n’avait en rien l’allure d’une boutique. En fait elle ne ressemblait à rien de particulier. Ce n’était qu’une simple bâtisse en briques, posée au milieu d’une cour minuscule. La pensée qu’on lui tendait un piège effleura un instant l’esprit d’Alexandre, mais la tentation était trop forte. Le Prince décida de s’introduire dans le bâtiment pour comprendre de quoi il retournait. Néanmoins, il estima préférable d’entrer par là où on ne l’attendait pas, si jamais on l’attendait.

Alexandre se glissa donc entre le mur de la demeure et celui de l’habitation adjacente, puis gagna la cour arrière de la maison. Comme il l’avait supposé, une seconde entrée permettait d’accéder à la bâtisse. Le Prince constata que la porte n’était pas verrouillée. Il dégaina l’un de ses glaives et poussa le battant.

Il n’y avait ni bruit ni lumière dans l’habitation. Alexandre fit prudemment quelques pas dans l’obscurité, son arme levée. Soudain il y eut un cliquetis, et dans un grand fracas une herse s’abattit juste derrière lui. Dans le même instant, une faible lueur rouge baigna le jeune garçon. Le silence retomba. Le Prince ne bougeait plus, tous ses sens en alerte.

Une voix grave s’éleva dans les ténèbres qui couvraient le reste de la pièce.

-         Tu réfléchis trop, mon garçon. L’entrée principale n’était pas piégée.

Publié dans histoiresdefarlo

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