Histoire 1 : Les Bracelets d'Arzhan. Chapitre 1 : La vallée du Lanor

Publié le par KaiM

 

            Le lever du soleil illumina la vallée du Lanor, faisant scintiller la neige fraîche et éblouissant le baron Tarlaq.

-         Que se passe-t-il, Monseigneur ? lui demanda le capitaine Vladek en amenant son cheval à la hauteur de celui de son maître. Vous ne cessez de regarder en arrière depuis que nous nous sommes mis en route.

-         Ce n’est rien, le rassura le baron. Je suis un peu nerveux, c’est tout.

-         Dites plutôt que vous aimeriez bien repérer quelque chose d’anormal, histoire de rompre avec la monotonie de ce trajet !

         

Le baron Tarlaq

    

Tarlaq sourit. Une fois encore, son second avait parfaitement pénétré ses pensées. Le baron soupçonnait parfois son vieil ami de dissimuler soigneusement une faculté à lire dans les esprits. Il était vrai qu’en tant qu’homme d’action, l’idée de s’éloigner pour tout l’hiver des champs de bataille du Nord-Est, que le roi Elfe Itraïr tentait d’annexer depuis bientôt un an, lui déplaisait. Mais il avait pour habitude de ne jamais contester les ordres de son souverain. Si le roi Alexandre VII l’avait désigné pour cette mission, c’était qu’il le considérait comme l’homme de la situation.

-         Mais je dois vous avouer, reprit Vladek, que je suis moi aussi quelque peu inquiet. On nous confie une grande responsabilité ! Je serai plus tranquille lorsque la marchandise sera arrivée à destination.

En prononçant ces derniers mots, il désigna le carrosse qui, tiré par quatre chevaux, traçait péniblement sa voie dans la neige au milieu de l’escorte.

-         Vous ne devriez pas parler ainsi du Prince, l’avertit Tarlaq. On en a pendu pour moins que ça.

-         Je suis désolé, s’excusa le capitaine, mais c’est ainsi que je perçois les choses. Ni le Prince ni  son garde du corps ne sortent jamais de leur véhicule, c’est pourquoi il m’arrive de penser qu’ils ne sont que des objets de valeur. Et puis avouez que nous n’avons pas l’allure d’une escorte princière !

Le baron considéra le convoi. Il était vrai qu’un Prince aurait d’ordinaire voyagé avec une troupe plus conséquente. Mais, soucieux de la rapidité du voyage, et désireux de conserver le maximum de troupes sur le front, le roi n’avait confié à Tarlaq qu’une escorte réduite pour protéger son fils et l’éloigner de la zone des combats. Ainsi la troupe n’était constituée que du carrosse, d’un chariot transportant des vivres et du matériel, de son conducteur, et d’une vingtaine de soldats.

-         Cependant, poursuivit le capitaine, je pense que nous sommes en sécurité, malgré notre nombre réduit. La région est tranquille, et surtout nous ne risquons rien tant que les deux Paladins nous accompagnerons !

Tarlaq tourna ses yeux vers l’avant du convoi, où chevauchaient deux guerriers protégés de la tête aux pieds par d’imposantes armures noires. Le baron avait peu d’informations sur eux au début du voyage, sinon qu’ils appartenaient à l’Ordre des Paladins Noirs, une organisation obscure présente dans de nombreuses contrées et récemment alliée au roi, et qu’ils avaient reçu de leurs supérieurs l’ordre de protéger le Prince en toutes circonstances. Au fil des conversations, Tarlaq avait appris de nombreuses choses sur leur compte, à commencer qu’ils se prénommaient Jorund et Namâric.

Jorund était originaire des contrées du Nord, aux frontières des royaumes Zahrs. Il était plutôt grand, pour un homme, et portait à sa ceinture un nombre impressionnant de couteaux de toutes tailles, tandis qu’un lourd fléau d’armes pendait à sa selle. Namâric, lui, était issu de l’union d’une humaine et d’un Elfe Noir,  et disposait par nature d’un don inné pour le combat, don qu’il n’avait eu cesse de cultiver, devenant un expert tant dans le maniement de l’arc que dans celui de l’épée elfique.

Tarlaq se méfiait des deux Paladins, notamment parce qu’il n’avait que peu d’autorité sur eux. Il ne manqua pas de le signaler à Vladek.

-         Ne vous inquiétez pas tant, lui répondit le capitaine, ils ont reçu l’ordre de nous aider et ne failliront pas à cette tâche, si ma connaissance du Code des Paladins est exacte.

-         Il n’empêche, répliqua Tarlaq, que je confierais plus volontiers ma vie à Hustouk ou à Tektus qu’à ces deux-là !

-         On m’appelle ? beugla un Ork  qui marchait quelques mètres devant eux, avant de s’arrêter pour laisser les deux cavaliers le rejoindre.

-         Non, rien, répondit le baron.

-         Si vous avez besoin de moi, n’hésitez pas, hein !

-         Rassure-toi, ce n’est pas du tout dans mes habitudes ! Et maintenant avance ! aboya Tarlaq.

Il soupira. Hustouk était un bon soldat, mais très légèrement agaçant, parfois. Son équipement hétéroclite, allant d’une armure grossière qui protégeait tant bien que mal son corps massif et sa peau verte, à une énorme épée dont on aurait dit que les deux tranchants avaient été forgés par deux artisans radicalement différents, contrastait avec la rigueur de celui de Tektus. Ce dernier était un Varak, un reptile de plus de deux mètres de haut, dressé sur ses pattes arrières, à la force colossale. Tout en lui était menaçant : la cuirasse à pointes qui protégeait son torse et ses épaules, la hache à double tranchant qui ne quittait jamais sa main, les cornes qui ornaient l’arrière de son crâne, ses dents  et ses griffes longues comme une main humaine, sans oublier la lame acérée fixée à l’extrémité de sa queue.

Tarlaq se rappelait très bien sa première rencontre avec les deux colosses. Quand il les avait rencontrés dans une taverne de Dümrist, ils n’étaient plus que des ruines : Hustouk était le seul rescapé d’un pillage qui avait mal tourné, et Tektus était le seul survivant de la bande qui avait fait mal tourner le pillage en question. Aucun des deux n’osait rentrer chez lui, et ils avaient entrepris de noyer leur honte dans l’alcool quand le baron les avait découverts. Sachant que les mercenaires Varaks étaient rares et redoutables, et pressentant que l’Ork était un bon combattant, Tarlaq les avait pris à son service personnel - leur épargnant ainsi la tâche délicate d’expliquer au tavernier qu’ils n’avaient pas les moyens de régler leurs consommations. Aujourd'hui, il ne le regrettait pas : les deux guerriers lui avaient souvent été d’une grande aide et valaient largement tout le reste de ses hommes.

            Vladek reprit la parole, tirant le baron de ses pensées.

-         Il y a tout de même un point qui me préoccupe, déclara-t-il. Pourquoi le Prince reste-t-il cloîtré dans son carrosse ? C’est incroyable ! Nous sommes censés le protéger, et il ne daigne même pas nous rencontrer ! Pour ma part, je ne l’ai aperçu que quelques fois, de loin, et je l’ai vu monter dans le carrosse, c’est tout.

-         Il n'y a aucune raison de s’inquiéter, affirma Tarlaq. Le Prince Alexandre n’a que douze ans, il se peut qu’il soit intimidé. De plus il est d’une nature assez renfermée, c’est peut-être pour cela qu il ne se montre pas. C’est un défaut qu’un roi ne peut se permettre d’avoir, mais il se corrigera avec l’âge. Enfin, il est possible que la conversation de son garde du corps soit si intéressante qu’il ne s’intéresse pas à ce qui se passe autour de lui.

-         Justement, ce garde du corps, Dario, c’est ça ? c’est…

-         Un maître Chanteur, répondit simplement le baron.

-         C’est légal, ça ? demanda naïvement Vladek ?

-         Espèce d’ignorant ! s’écria Tarlaq, plus amusé qu’autre chose. Un maître Chanteur est un magicien qui tisse ses sorts en chantant des mélodies complexes ! C’est un art qui se perd, c’est pourquoi les hommes comme Dario d’Yrwald sont de précieux éléments.

-         Formidable ! Notre Prince est protégé par un chanteur ! Avec ça, on peut dire qu il est en sécurité absolue !

-         Ne fais pas le malin, conseilla le baron. Ce Dario est aussi le maître d’armes du Prince, et moi-même je ne souhaiterais pas me mesurer à son sabre ! Alors prie pour qu’il ne t’ait pas entendu !

Le capitaine considéra qu’il valait mieux changer de sujet.

-         Vous avez remarqué ? Il n'y a aucun nuage à l’horizon ! Nous serons probablement sortis de ces montagnes avant la prochaine neige !

-         Je n’en suis pas mécontent, déclara Tarlaq. Si j’ai bien estimé la distance que nous avons parcourue depuis notre départ du camp, nous devrions quitter cette vallée et atteindre le village de Fodam d’ici à ce soir, et rejoindre Dümrist dans deux jours.

-         Pas trop tôt ! J’en ai assez de cette marche ! Chevaucher chaque jour de l’aurore au coucher du soleil, c’est assez lassant à la longue !

-         Evidemment, modéra le baron, il faudrait que tout se passe bien…

-         Si vous ne cherchez pas à prendre d’initiatives, les choses ne peuvent pas ne pas bien se passer, Monseigneur ! s’exclama Vladek avant de lancer son cheval au galop, considérant que la main de son maître s’approchait un peu trop de la poignée de son épée.

 

 

Le convoi longea le Lanor pendant plusieurs heures, tandis que le soleil s’élevait dans le ciel et que la neige fondait lentement. La troupe progressait péniblement, mais sûrement, tandis que les hommes faisaient semblant d’admirer le paysage, qui ne présentait strictement aucun intérêt. Vers midi, Jorund, qui était parti en éclaireur, revint précipitamment.

-         J’ai aperçu de la fumée, expliqua-t-il, et je me suis approché pour voir de quoi il retournait. Il y a un chariot incendié en plein milieu de la route ! C’est probablement le résultat d’une attaque de brigands ! C’était peut-être un piège, alors j’ai préféré ne pas m’approcher.

-         Et il ne vous est pas venu à l’esprit, Paladin, qu il y avait peut-être là-bas des blessés qui avaient besoin d’aide ? demanda Tarlaq.

-         Si, mais quelle importance ? La priorité est de préserver nos vies, non ?

-         Imbécile ! tonna le baron.

Et il lança sa monture au galop. Vladek et Tektus s’élancèrent à sa suite. En quelques minutes, ils atteignirent le lieu de l’attaque. Le chariot mentionné par Jorund achevait de se consumer. Autour gisaient des corps d’hommes, de femmes et d’enfants criblés de flèches.

-         Tektus, surveille les environs ! ordonna Tarlaq. Il se peut qu il y ait encore une menace.

-         Vous réclamez une protection, alors que vous reprochez au Paladin d’être revenu chercher du renfort… remarqua Vladek.

-         Silence !  s’exclama le baron. Nous en reparlerons plus tard ! Pour l’instant, il y a plus urgent !

Les deux cavaliers s’approchèrent du chariot en feu, leurs épées à la main, tandis que Tektus scrutait méthodiquement la zone. Vladek ne put s’empêcher d’admirer l’endurance du Varak : bien qu’il ait couru au même rythme que les chevaux, il n’était même pas essoufflé. Les trois guerriers auraient parié qu’il n’y avait aucun survivant, pourtant, derrière l’écran de fumée, une petite fille, penchée sur la dépouille d’une femme qui était probablement sa mère, pleurait. A côté d’elle se tenait une très vieille femme, dont les longs cheveux gris pendaient le long d’un manteau noir. Elle s’appuyait sur un long bâton noueux, et murmurait quelque chose à la petite fille. En apercevant les soldats, elle vint à leur rencontre.

-         Encore une fois, dit-elle sur un ton grinçant, la patrouille arrive après la bataille !

-         Estimez-vous heureuse, répliqua Tarlaq en rengainant son arme. C’est un hasard si nous sommes passés par ici !

-         Encore mieux… bougonna la vieille femme.

-         Vous êtes les seules rescapées ? interrogea Vladek.

-         Il faut croire… Si vous étiez arrivés plus tôt…

-         Que s’est-il passé ? coupa le baron.

-         Je n’en ai pas la moindre idée, répondit la femme. Ces gens se rendaient à Fodam pour y vendre leurs fromages. Je m’y rendais également pour rejoindre ma famille, et ils avaient accepté de m’y conduire. Lorsque nous sommes passés ici, une pluie de flèches enflammées s’est abattue sur nous ! C’était horrible ! Par miracle, cette petite fille et moi avons été épargnées, mais ces hommes, leurs épouses et leurs autres enfants n’ont pas survécu. Ensuite, je m’attendais à ce qu’une bande de pillards se jettent sur ce qui restait de notre convoi, mais il ne s’est rien passé.

-         Il nous ont probablement aperçus, et ils se sont enfuis, supposa Tarlaq. Que comptez-vous faire ?

-         Je pensais passer l’hiver à Fodam, auprès de ma famille. Quant à cette fillette, je ne peux la laisser seule. Je m’occuperai d’elle comme de ma propre petite-fille, désormais.

-         Nous allons donc vous accompagner. Au fait, quels sont vos noms ?

-         Je me nomme Greta, déclara la vieille femme, et cette petite fille s’appelle Lida.

Le baron détailla la fillette. Elle ne devait pas avoir plus de huit ans. Elle portait une robe de laine brune, ses cheveux blonds étaient rassemblés en une longue natte, et ses grands yeux verts laissaient s’échapper un flot de larmes dont Tarlaq soupçonnait qu’il mettrait du temps à se tarir.

-         Lida ? appela-t-il.

L’enfant ne réagit pas

-         C’est inutile, déclara Greta. Elle est sourde et muette. Que vouliez-vous lui dire ?

-         Simplement qu’elle devait se montrer forte et que ceux qui ont fait ça paieraient tôt ou tard.

-         Alors il valait mieux qu’elle ne l’entende pas.

Le baron décida de ne pas relever la remarque. D’ailleurs, le reste du convoi les rejoignait. Il se tourna vers Jorund.

-         Comme vous pouvez le constater, Paladin, il n’y avait aucun danger !

-         Mais il aurait pu…

-         Ne perdons pas de temps en discussions stériles, coupa Namâric. Embarquons les survivantes dans le chariot de vivres et quittons cet endroit !

-         Pas question ! s’écria Vladek. Nous nous devons de donner à ces gens une sépulture décente !

-         Nous n’en avons pas le temps ! répliqua le Paladin. Nous devons atteindre Fodam avant la nuit !

-         Nous ne pouvons pas laisser ces corps aux charognards, trancha Tarlaq. Nous allons les enterrer !

-         Faites-le si ça vous chante, nous, nous continuons avec le Prince !

Le baron explosa.

-         C’est moi qui donne les ordres, ici, ! Alors vous allez m’obéir ! Sinon je vous exécute sur-le-champ !

Associant le geste à la parole, il tira son épée et la pointa sur Namâric. Celui-ci eut un geste en direction de son arc, mais renonça à s’en saisir en voyant les autres soldats brandir leurs lances. La tension était palpable. Lentement, Jorund  dégaina l’un de ses couteaux…

-         Il suffit !

Tous les regards se tournèrent vers le carrosse, d’où la voix s’était élevée. La portière s’était ouverte et un homme d’une cinquantaine d’années, aux cheveux blancs, drapé dans un long manteau bleu, était descendu.

-         Il me semble que c’est à moi, Dario d’Yrwald, garde du corps du Prince, de trancher ce désaccord. Laissez-moi passer !

Les hommes s’écartèrent devant lui, impressionnés par la prestance du maître Chanteur. Il laissait ostensiblement dépasser de son manteau la poignée d’un sabre oriental, sur laquelle sa main semblait prête à se refermer, aussi la plupart des soldats n’osèrent pas prononcer le moindre mot. Il s’adressa à Greta.

-         Demande à la petite de s’écarter, vieille femme.

Greta se pencha sur Lida, saisit délicatement sa manche et l’éloigna du corps de sa mère. Dario étendit ses mains au-dessus des dépouilles des voyageurs, et entonna un chant funèbre. Les guerriers étaient stupéfaits. Ils le furent encore plus lorsque les cadavres glissèrent sur le sol jusqu’à un bosquet d’arbres, se placèrent côte à côte, et s’enfoncèrent dans la terre. Son acte achevé, le maître Chanteur repartit vers le carrosse. Juste avant de regagner son siège, il se tourna vers Lida et sa nouvelle grand-mère.

-         Montez dans le chariot, ordonna-t-il. Nous repartons.

 

 

Les heures s’écoulèrent lentement tandis que le convoi poursuivait sa route. Tarlaq avait pris la tête du convoi et relégué les deux Paladins Noirs à l’arrière de l’escorte, ce qui ne pouvait que leur porter sur les nerfs. Le baron avait en outre désigné Tektus comme éclaireur. Peu à peu, les montagnes qui bordaient le Lanor s’étaient faites plus hautes et plus escarpées, et le fleuve plus rapide et bruyant, signe que les falaises de Tal’Onial, qui s’élevaient au bout de la vallée, se rapprochaient.

-         Je n’aime pas ça, déclara soudain Vladek. Si nous sommes attaqués de face et de dos à la fois, nous n’aurons aucune possibilité de fuite par la montagne.

-         Alors repère attentivement tous les sentiers, toutes les corniches, toutes les pentes que nous pourrions escalader, répondit Tarlaq.

-         Le problème est bien là, répliqua le capitaine. Il n’y a rien de tout cela ici.

Le baron observa attentivement les parois.

-         C’est vrai, concéda-t-il. Nous serions forcés de combattre.

Vladek avisa d’énormes blocs de roches qui s’étaient détachés de la montagne et gisaient à côté de la route.

-         En plus, reprit-il, nous pourrions très bien recevoir quelques-unes des ces pierres sur la tête.

-         Arrête, tu me fais peur, intervint Hustouk qui s’était détaché de la troupe pour les rejoindre.

Il éclata de rire.

-         Si l’on nous lançait des pierres du haut de ces montagnes, elles mettraient tellement de temps à nous atteindre que nous pourrions les éviter sans peine !

-         Tu as quelque chose d’intéressant à dire, Hustouk ? demanda Tarlaq. Ou tu es juste venu nous démontrer que nous ne sommes que des imbéciles ?

-         En fait, Monseigneur, je voulais vous mettre en garde, répondit l’Ork en baissant la voix. Vous êtes dans une position délicate. L’incident de tout à l’heure a perturbé les hommes. Ils se demandent ce que vous auriez fait si le maître Chanteur n’était pas intervenu. De plus, cette intervention les a encore plus dérangés. Pour tout vous dire, ils ont peur. De vous. Et du mage.

-         Et que me conseillerais-tu de faire ? interrogea le baron.

L’Ork ne répondit pas. Il ferma les yeux, inspira profondément, et poussa un grognement satisfait

-         Excusez-moi, dit-il enfin. Je savourais l’instant. C’est la première fois que vous me demandez un conseil. Ca fait plaisir…

-         Bon, parle ! ordonna Tarlaq.

-         Voilà mon conseil, reprit Hustouk : détendez l’atmosphère, rassurez les hommes, montrez-leur qu’il n’ont rien à craindre de vous.

-         Comment puis-je faire cela ?

-         Racontez-leur une blague, proposa Vladek.

-         Si ça ne marche pas, je te tue ! déclara le baron

Il se retourna vers ses hommes :

-         Hé ! Les gars ! Quelle est le point commun entre une hallebarde et un cheval ?

Les hommes tournèrent la tête vers leur chef, mais ne répondirent rien.

-         Vous ne savez pas ? C’est qu’ils sont tous les deux vivants, sauf la hallebarde !

Et Tarlaq éclata de rire, avant de s’apercevoir que ses hommes n’avaient pas compris. Il allait leur expliquer, lorsque Vladek le remit dans le sens de la marche.

-         Laissez tomber, dit-il sombrement. Votre blague était nulle.

-         A ce point-là ? demanda le baron, suppliant.

-         Oui.

Tarlaq garda le silence pendant quelques secondes, puis changea de sujet.

-         Un détail me préoccupe : quelque chose ne tourne pas rond dans l’attaque des marchands.

-         Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? demanda Hustouk.

Le baron vérifia qu’il était suffisamment éloigné du reste du convoi pour que ses paroles ne soient entendues que par ses deux compagnons, puis reprit la parole.

-         Je ne sais pas vraiment… Cette vieille, elle n’a pas l’air de s’émouvoir particulièrement de la mort de toute cette famille…

-         C’est vrai, ça, remarqua Vladek en se retournant pour jeter un coup d’œil au chariot, où Greta discutait avec le conducteur.

A sa grande surprise, il croisa le regard de la vieille femme, et quelque chose dans ses yeux le mit très mal à l’aise.

Soudain, des hurlements sauvages retentirent et résonnèrent dans la vallée. Hustouk se raidit.

-         Des loups ? lui demanda Tarlaq.

-         Bien pire : des Wolks !

Loin devant eux, Tektus revenait en courant, précédant d’une  centaine de mètres une horde de monstres apparemment peu amicaux.

Publié dans histoiresdefarlo

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Dick CURTIS 16/06/2005 15:31

Cette oeuvre et je doit l'avouer bien travaillée. Les détails nous font imaginer le décor immense de ton aventure et de tes personnages.
Je serai ravi de la lire chapitre après chapitre.
De mon côté, je m'amuse à écrire pour mon plaisir sur mon blog dont tu trouveras l'adresse sur ce commentaire. ce n'est que le commencement et les détails arrivent sur la feuille du blog les uns après les autres. Du coup les chapitres évolus chaque jour, mais comme personne ne l'à encore lu ça ne perturbe pas grand monde.

Bon courage pour la suite.

Dick CURTIS